Moi, j'ai pas de fête dans le calendrier. J'ai un prénom trop bizarre, que je déteste depuis toujours. Mais j'ai mieux, et c'est en ce moment même : y a les Léonides. C'est pas tout à fait ça, mais c'est tellement proche que allez, c'est ma fête. C'est quand même la classe, non ? Tout le ciel qui pleut des étoiles en mon honneur. C'est un peu plus stylé qu'un jour dans le calendrier.

T'inquiète, t'inquiète, je suis pas narcissique à ce point-là. Je célèbre dans mon coin ce moment où je ne me raconte pas que le ciel se plie en quatre pour moi, mais où la nature et moi tombons d'accord : fait froid, fait nuit, fait feutré, et personne ne met un orteil dehors parce qu'il fait nuit, froid et feutré, donc j'ai ce moment avec elle pour moi toute seule, blottie dans ma couverture avec ma p'tite thermos de chai, sur ma montagne, et je me sens toute petite, et toute privilégiée, et toute insignifiante, et vivifiée, et apaisée, et chérie.

C'est mon soir à moi. C'est comme si je me faisais dorloter et c'est un temps que je prends, tous les ans, comme un rituel. Un temps à moi. Un temps pour me dire que je compte quand même vachement pour moi, que tout ça compte quand même vachement pour moi, que la sérénité que je trouve là-haut, dans le silence glacé d'une nuit du milieu de l'automne, fait partie de moi, intimement partie de moi.

Et là-haut, blottie dans ma couverture comme une gamine malade dans son canapé, je souris toujours un peu en songeant à la chance que j'ai d'avoir cette fête secrète, en songeant qu'à chaque fois que quelqu'un lève les yeux vers le ciel en guettant les Léonides, il partage quelque chose avec moi sans le savoir – et que maintenant que je l'ai révélé, je vous ai pourri un jour de l'année : vous lèverez les yeux vers les nues, et vous aurez une pensée pour moi.

C'est pas la classe, ça?

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