Olalah y a ce mec qui a fait une p’tite board pour permettre d’utiliser un certain nombre de displays e-ink avec une faible latence comme de vrais moniteurs et non seulement il a publié sa PCB en open source mais en plus il a pondu un document hyper détaillé avec son build mais aussi deux ou trois autres projets similaires et toutes les connaissances qu’il a récoltées dans la foulée sur la technologie du e-ink (qui est hyper propriétaire et opaque si tu te demandais), c’est un trésor, je vais encore perdre quelques années de vie à fouiller là-dedans. Je partage mon malheur, hein, va savoir ce que tu pourrais en faire.
Bon, j’suis allée chez l’ophtalmo parce que je devais plisser les yeux pour voir l’heure sur la machine du salon et alors c’est confirmé je vois moins bi… mieux? Attends, hein? Comment ça je vois mieux?
Alors l’histoire, bon, je savais déjà, j’ai tendance à accomoder aux tests subjectifs (tu sais, quand le docteur il te dit « et là, vous voyez mieux ou moins bien? » en changeant les lentilles). Je sais pas exactement ce que je fais ni pourquoi, mais à la fin du processus je me retrouve toujours avec une correction beaucoup trop puissante pour mon défaut. Eh ben apparemment, ça fait six ans que je me traîne des lunettes trop fortes pour moi. Voilà voilà.
Bon mais alors pourquoi je dois plisser des yeux pour lire l’heure? Bah mon astigmatisme il s’est aggravé elle a dit la dame. Mais attends attends c’est pas fini.
Mon astigmatisme il s’est aggravé parce que j’ai une infection des paupières. Si si, apparemment c’est un truc, t’as les paupières infectées ça te déforme la cornée, me demande pas je suis pas ophtalmo, déjà je savais tellement pas que les infections aux paupières étaient un truc que j’avais même pas remarqué que j’en avais une. Donc un mois et demi de pâte à l’antibio en local avant de refaire les tests parce que je peux jamais rien faire comme tout le monde, putain.
Bon au moins pour une fois dans ma vie on va pouvoir vraiment savoir comment je vois pour de vrai, j’imagine? Tellement je suis une femme mystérieuse que même moi je comprends pas.
Un type sur reddit avait tout juste acheté une Elna Supermatic et sa table était explosée alors je lui ai dit que j’avais modélisé une table de rechange à imprimer en 3D il m’a dit merci trop bien, je peux mourir tranquille, j’ai fait un truc complètement obscur et hyper spécialisé qui a rendu service à au moins une personne, t’imagines pas la fierté et le sentiment d’accomplissement
J’ai commandé de la laine fluffy multicolore à tricoter et des yeux de peluche. Je dis ça, je dis rien.
Obsédée par sa quête d’un agenda-qui-fait-aussi-carnet-de-dessin-bullet-list-et-petit-carnet-pour-écrire pour mettre un frein à la multiplication des calepins et alléger le sac à dos, elle découvre avec enthousiasme le format « traveller’s notebook ». Et avec une immense perplexité le monde du scrapbooking.
Ca sonne un peu comme un accident où un marching band serait rentré dans un prédicateur, tout le monde est un peu secoué et vachement en pétard, j’aime bien
Marrant, ça, j’ai la pulsion d’écrire un article là-dessus sans me rendre compte qu’en fait on est bel et bien à l’échéance d’un mois de « sans smartphone » et que c’est l’heure du bilan.
Entre le moment où j’ai écrit mon dernier article et le moment où j’écris celui-ci, il s’est passé deux-trois trucs dans l’actualité : l’investiture de Trump a eu lieu, Musk fait des saluts nazis à la télé, Zuckerberg a décidé que c’était OK de réhabiliter des expressions comme « dégénéré » pour désigner les minorités – ce qui rappelle de vachement bons souvenirs – et drague les pauvres mecs paumés en mal d’estime de soi en leur vendant un fantasme viriliste qui les nourrit d’idéaux martiaux et les dresse à leur insu à devenir de la chair à canon… Et vu que c’est la tech de ces enflures que nous trimballons volontairement dans nos poches en toute connaissance de cause, comme une stasi portative à laquelle nous fournissons des renseignements en temps réel à toute heure du jour ou de la nuit, non seulement je suis plus que jamais en accord avec ma démarche, mais en plus je commencerais à y entrevoir une certaine urgence… Dans ces rares moments où mon téléphone se connecte sur mon réseau WiFi avec une OS non dégooglisée, je me dis qu’il y a danger.
Jusque là, le bilan est plutôt bon et pas désagréable. Pour la partie téléphone / SMS, le dumbphone, c’est très bien. Je ne prends plus jamais mon smartphone quand je suis à l’extérieur (sauf pour les trajets en voiture) et c’est… libérateur. Impossible de réchapper aux émotions négatives en se précipitant sur un réseau social, certes, mais ça permet de s’en occuper plutôt que de les éviter, et il n’y a pas de distraction pour les moments épanouissants et réparateurs, ça permet de faire de nouvelles connexions. Avec son environnement, avec les personnes autour, avec l’instant présent, et tout ça fait beaucoup de bien.
Dans les changements qui me font bizarre, plus rien ne traque le nombre de pas que je fais ni le nombre de kilomètres que je roule et je dois me faire confiance pour maintenir mon niveau d’activité – et je suis sûrement en train de surcompenser un peu. Je ne pense pas remplacer cette fonction par un tracker d’activités. Ça suffit, la course à la performance et la gamification de tous les aspects de nos vies. C’est en quelque sorte une obligation de retourner à une pratique sportive pour le plaisir et réapprendre à faire confiance aux informations transmises par le corps…
Le smartphone n’a plus de carte SIM, donc plus de connexion. Il ne peut plus être en ligne que via un réseau Wi-Fi, donc je ne le sors qu’à la maison et je redécouvre la joie du pauvre de se coller à un hot spot quand j’en ai vraiment besoin à l’extérieur (ce qui est arrivé une fois). J’ai désinstallé tous les navigateurs pour ne plus avoir la possibilité de doomscroller. Cantonner les applis de messagerie (cryptées!) à l’ordi de bureau et quitter (ou faire un gros hiatus, en tout cas) les réseaux sociaux (enfin, le réseau social, dans mon cas) était sincèrement la meilleure idée du monde.
J’ai supprimé mon compte spotify dans la foulée par ras-le-bol absolu de l’économie du streaming et déterré mon lecteur audiophile (un FiiO X1). Pas de connexion internet ou bluetooth dessus, on ne peut pas « téléverser » autrement qu’en copiant sur une carte microSD. Il y avait un petit soucis avec la molette de navigation qui faisait du staggering dans les menus, je suis allée regarder s’il y avait moyen de trouver des pièces pour la réparer facilement et ai découvert non sans surprise qu’il s’agissait d’un bug de l’OS et que le fabricant avait mis une MAJ en ligne en 2022 – cet appareil est miraculeusement encore maintenu. Problème de molette réglé, et puisque le stockage max est de 128go et que la carte qui est dedans en fait 32, j’ai acheté une nouvelle carte SD dans la foulée. En même temps qu’un SSD M.2 de 2to et un orange pi 4A (pour lequel il va falloir que je modélise un boîtier parce que j’en ai pas trouvé) pour bricoler un petit NAS pour que la musique (et les films, et les séries, et les installers de jeux) soit facilement accessible en local depuis toutes les machines de mon réseau. Ça, c’est pour la partie « audio ».
Je reste handicapée par la partie GPS / PDA. Impossible pour moi de me passer d’un outil de navigation ou d’un agenda. L’un ou l’autre sont individuellement relativement simples à régler. N’importe quel pi avec un écran peut servir d’agenda électronique et il existe des GPS dédiés. Ça fait un mois que je pèse mes options. J’ai regardé du côté des PDA pros qui ne sont tout bonnement pas une solution; on se retrouve avec les mêmes problèmes d’OS mais pour un prix bien plus rhédibitoire qu’un fairphone ou l’achat d’occasion d’un autre smartphone compatible avec une OS alternative, et franchement je n’ai vraiment pas envie de mettre de 400 à 800 balles dans un agenda électronique et un GPS.
J’ai louché du côté de /e/ OS qui a la particularité d’offrir, en plus de la liste des appareils supportés, un kit de déploiement assez simplifié mais pas encore assez pour moi, je me sens pas à la hauteur d’attaquer ça et bricker mon smartphone, j’ai pas les moyens de merder.
Je regarde avec beaucoup d’insistance du côté du tinkering et beaucoup de bidules retiennent mon attention : les modules GPS, la TOFU qui tourne avec une raspberry compute module 4 et comporte entre autres choses un slot micro SIM, les displays avec beaucoup d’interrogations vis à vis du rapport économie d’énergie / lisibilité / facilité de navigation… et tout me ramène aux mêmes problématiques : le volume de la bidouille complète dans la poche, comment quoi la batterie, et je veux bien 3D print un case mais ça ne sera pas nécessairement le plus résistant, précis ou étanche. Je me demande aussi s’il vaudrait mieux bricoler un PDA / GPS tout-en-un sur la même logique d’utilisation qu’un smartphone, ou deux appareils distincts et changer d’habitudes.
Et puis aujourd’hui en cherchant justement un module pour un hypothétique bricolage, je suis tombée sur un article qui parle du Liberux (on dirait presque qu’ils ont ouvert leur compte mastodon aujourd’hui, d’ailleurs, tellement c’est tout frais) qui, à l’image du Pinephone ou du Gemini PDA, ressemblent fort à des rêves devenus réalité, des fantasmes super ciblés (et je suis dans le cœur de cible) mais qui dépendent fortement de crowdfundings qui trois fois sur quatre n’aboutissent jamais à rien, et / ou dont les modèles sont discontinués à la vitesse de la lumière, et / ou dont les tout petits stocks sont très peu renouvellés, et / ou qu’il faut précommander au risque de ne jamais voir arriver son appareil, et / ou qui coûtent la peau des fesses.
En bref, la transition se fait gentiment, mais je rame toujours pour certains points et aucune solution magique ne m’est toujours apparue. Et ça m’attriste, parce qu’avec ce qui se profile (enfin, ça ne se « profile » plus, c’est là), je pense qu’il est extrêmement important et urgent de reprendre la main sur nos systèmes de communication, et le plus vite possible. Ça ne devrait pas être considéré comme une marotte de techno-enthousiastes vaguement paranoïaques. Pas au point où ça ne coûte plus rien de faire des saluts nazis publiquement, et on peut s’en sortir en prétendant qu’on envoyait des cœurs. Parce que dans moins longtemps que vous ne le croyez, ça deviendra risqué de tenir ce genre de propos sur son téléphone.
Pour le #bloguidien du 5 novembre le prompt est « Donne nous un de tes sides project méconnu mais que t’aimerais bien partager ? » et je sais pas si quelque chose dans mes projets qualifie de side project ou de main project? Ca part un peu dans tous les sens et je les trouve tous équitablement importants je crois.
j’ai des petits carnets de bureau pour essayer de noter toutes mes idées, j’en ai un petit noir pour garder le fil des projets en cours ou des idées, un petit rouge pour essayer d’organiser mes journées autour de ces projets (ce qui est toujours plus ou moins un échec pour la partie « organiser » mais peut s’avérer diablement efficace pour ne pas zoner indéfiniment en essayant de retrouver le fil de ce que j’étais en train de faire ou de décider quoi faire de la journée)
le petit carnet noir
le petit carnet rouge
Et un petit carnet céruléen dans lequel je me contente de consigner mes idées, qui est un peu celui sur lequel je comptais pour rédiger cette note et sur lequel je ne parviens pas à mettre la main là tout de suite.
Du coup je sais pas trop ce qui est un side-project de quoi. Est-ce que la couture est un side-project du dessin? Est-ce que le dessin est un side-project de la musique? Est-ce que la musique est un side-project de la lutherie? Ou est-ce que le projet principal c’est les apprentissages?
Je peux te glisser quelques projets en attente que je chéris, bidouille et réfléchis depuis un bon bout de temps. Certains sont sur le feu à cause de contraintes techniques, d’autres de contraintes financières, et d’autres encore juste dans la liste d’attente que je termine les projets plus urgents d’abord.
Il y a par exemple les cônes de fil réfléchissants que j’ai achetés pour faire des patches à coudre sur ses fringues pour être visible de nuit quand on roule à vélo. Et hors de question que je me serve de templates tout faits façon « canvas » pour un tel projet (de toutes façons c’est pas trop le genre de la maison), il va falloir que je les design, probablement en vectoriel, puis que j’apprenne à digitaliser la broderie, puis que je bricole une de mes machines à coudre pour en faire une machine à broder CNC parce que là tout de suite j’ai pas exactement le budget pour une machine à broder toute prête du commerce, et donc que je trouve une personne rompue à l’électronique pour me seconder pendant cette partie des opérations parce qu’il s’agit de jouer avec l’alim’ de la machine et ça me fout un peu les jetons.
Et pour le moment, j’ai à peine le balbutiement d’une ou deux idées de designs de patches. Envie de trouver ma propre inspiration et pas de repomper des références. Envie de trouver un jeu à faire entre ce qui se voit de jour et ce qui se voit de nuit, que le design se révèle différent dans la réflexion d’un phare qu’il ne l’est en plein jour.
Donc y a encore un peu de boulot avant que celui-ci n’aboutisse, n’est-ce pas? Les candidatures pour un copain d’atelier pour me tenir la main pendant que j’essaye de nous électrocuter sont ouvertes, vous pouvez me les soumettre par mail à l’adresse moe.blacksmith@morayner.org . (Je déconne à moitié. Ptêt à un tiers.)
Sinon il y a l’avocado violin qui est toujours sur le bench. Enfin, qui précisément n’est pas sur le bench, parce que j’ai pas pu finir le bench, parce que je me suis fait opérer de la main, et ensuite j’ai déménagé, et ensuite je me suis fait opérer des bras, et il n’y a plus que deux mortaises à tailler pour le finaliser mais ça fait un peu plus d’un an que je n’y arrive pas. Donc l’avocado violin est toujours coincé à quelques étapes de son achèvement, pour une durée indéterminée. Je te le montre, en couleur, lui, il en vaut la peine.
L’autre gros projet en attente, c’est la guitare-palette modulable , qui est en attente parce que j’ai ragequit mon fablab et que du coup je n’ai plus accès à une CNC. Ça pourrait se résoudre avec le déménagement, si par extraordinaire les fablabs concurrents s’avèrent moins… problématiques, et plus didactiques.
Y en a tout plein d’autres. Tout plein tout plein. Une hybride guitare-basse qui attend son manche depuis des lustres, l’idée d’un corps en yosegi-zaiku qui me gratte un coin du cerveau depuis quelques années, l’idée d’un autre épousé par le cordage, sur lequel mettre en pratique le contenu du fantastique grand livre des noeuds.
Y avait un album dans les doigts avant qu’on me foute dans les cordes, aussi. Je voulais l’appeler « モチーフ » et faire un truc extrêmement pénible de musicienne à trois auditeurs qui s’en fout bien de si ça se vend ou pas, précisément ce qui est annoncé dans le titre: jouer avec un motif pour autant de pièces qu’il m’est loisible. Un exercice de style.
Et puis ma balance a été pétée donc le prochain album – et il va venir, il bouillonne pas loin en-dessous – devrait être plus noir et peut-être un peu plus perché dans l’éther aussi. On verra plus tard pour la broderie.
Des fringues. Tellement de fringues.
Le design d’un jeu de cartes et d’un jeu de tarot.
Moult tissage.
Enfin, j’aurai pas fini avant d’être finie, j’ai l’impression.
Tout le monde pète un plomb avec le prêt à porter. Les tailles ne conviennent à personne, si c’est serré sur les fesses ça flotte à la taille, ça flotte aux seins mais ça moule le ventre, c’est un enfer, ces tailles standardisées, ça n’existe que pour un type de physique qui est malheureusement imaginaire, et en ce qui concerne le corps des femmes qui varie très fort d’un individu à l’autre, ça oblige à cliver le monde entre taille normale et grande taille, ce qui est super pour l’ego, d’autant que les coupes grandes tailles consistent souvent à recouvrir le corps concerné pour le faire disparaître le plus possible au regard.
On voudrait bien pouvoir se faire un vêtement soi-même, durable, joli, et dans lequel on se sent parfaitement bien, seulement tout le monde n’est pas en mesure de tracer soi-même son patron, c’est une compétence qui demande tout de même un certain nombre de connaissances et qui prend du temps à mettre en œuvre.
Il y a bien une offre de patrons de couture, mais qui eux aussi correspondent à des tailles normalisées. C’est pas vraiment de la faute aux fournisseurs. Avant l’avènement du logiciel, tous les patrons étaient tracés manuellement, c’était impossible d’anticiper chaque variation corporelle. Mais l’informatique change beaucoup la donne : grâce aux logiciels de modélisme de mode, on peut tracer un patron en lui donnant suffisamment de repères (c’est le principe de la conception paramétrique ou CAD) pour qu’il s’adapte tout seul quand les variables désignées changent (par exemple, les tailles).
Seulement la formation de modélisme de mode et celle de design paramétrique c’est encore deux choses distinctes, et la plupart des concepteurs se contentent d’exploiter les extraordinaires possibilités de ces programmes pour se simplifier le travail de gradation (porter le même patron dans plusieurs tailles différentes)
Moi, ce que je voulais, c’est un patron qui ne se contente pas d’augmenter ou de diminuer de taille, mais où tout se modifierait en fonction d’un seul paramètre modifié. Ton tour de bras augmente? Hop, tu le rentres dans un formulaire, et tout le patron suit : le dessin complet de la manche, de l’emmanchure, les pinces, etc.
Il existe déjà des initiatives qui vont dans ce sens : freesewing propose une série de patrons intégralement gratuits avec un éditeur en ligne, barapatron , sewist CAD ou paternette par exemple sont autant de shops qui se proposent de générer un patron selon vos désirs.
C’est pas pour taper sur la concurrence, mais aucune de ces solutions n’a rencontré mes grâces. Dans le cas des shops, parce que la plupart se contentent de combiner différents designs et de baser leurs déclinaisons sur le principe de la gradation encore une fois (donc y a un tableau des tailles, en clair…)
Dans le cas de freesewing, parce que d’une part la quantité de modèles est limitée et pensée d’une façon particulière (on voit que les designs ont été créés avec la simplicité en tête pour s’assurer du taux de réussite du modèle) et d’autre part parce que la plupart… finissent par casser.
J’en suis venue à cette idée de patron paramétrique avec une raison bien précise en tête : j’avais une pathologie aux deux bras qui les a rendus très volumineux. Plus la maladie avançait, plus il m’était difficile de trouver des vêtements portables. Au dernier stade que j’ai connu, c’en était devenu ridicule : il aurait fallu que les manches de mon manteau soient en taille 60 ou plus, quand mon tour de taille était en 40 ou 42 tout au plus. Je te raconte pas les hivers dans ma montagne où il y avait du blizzard et on tapait parfois dans les -20 degrés Celsius, avec mes bras engoncés, mes mouvements limités, et le vent et la glace qui s’engouffraient contre mon ventre. Et impossible de trouver plus performant qu’une veste de bûcheron à carreaux doublé de pilou synthétique pour y caser mes invraisemblables œdèmes. Ça aurait même fini par constituer un risque, à la longue, et ça n’avait pas un effet merveilleux sur ma psyché de m’emballer dans des fringues quatre ou cinq fois trop grandes.
Donc il fallait que je me résigne à retourner à tracer mes patrons, ce que je savais faire mais n’avais plus fait depuis une petite éternité. Et connaissant par ailleurs le design paramétrique via le design d’objets pour l’impression 3D ou la découpe CNC, j’étais sûre qu’il y avait de quoi se faciliter considérablement la vie. C’est en cherchant dans ce sens que je suis tombée sur freesewing, où j’ai religieusement pété les limites de tous les designs avec ma circonférence de bras insensée. J’aurais bien pu contribuer à créer des designs davantage paramétriques pour cette plateforme, vu que c’est open source et basé sur la contribution, mais je n’ai malheureusement pas les connaissances pour la partie « patterns as code » et si j’ai cassé tous les modèles de la plateforme avec un seul paramètre, c’est peut-être que leur logiciel a cette limite qui ne me permettrait pas de réaliser ce que j’ai en tête.
Et donc j’ai continué à explorer mes possibilités et je suis tombée sur Seamly2d, un logiciel FOSS (gratuit et open source) forké de Valentina, de dessin paramétrique destiné spécifiquement au modélisme de mode, qui prend en charge suffisamment de fonctions trigonométriques pour permettre de contraindre intégralement un modèle avec beaucoup de souplesse. Je me suis donc basée sur ce support pour élaborer un bloc de base – le patron duquel découlent tous les patrons – qu’idéalement je voudrais universel et à partir duquel on pourrait, justement, développer tous les patrons. Et comme je me suis dit que les femmes, en population diverse et hétéroclite, doivent être nombreuses à rencontrer des problèmes similaires ou du moins analogues au miens, j’ai récolté un max de mensurations de contributrices anonymes et je me suis mise au boulot.
J’ai dû mettre ce projet en pause, ironiquement, parce que je me suis enfin fait opérer des bras, desquels on a sorti plus de six kilos de tissu néoplasique et fibrosé, des nodules, un cauchemar, troqué contre deux cicatrices qui vont de l’aisselle au coude et que je trouve plutôt badass, et à l’instant où je peux enfin me resservir correctement de mes bras et amener ce projet à son terme, l’oedème a fini de se résorber et je peux de nouveau renter mes petits bras de poulet dans toutes les coquettes petites merdes de prêt-à-porter qui me faisaient tellement déprimer il y a encore quelques semaines.
Heureusement, ou malheureusement, ce projet reste pertinent puisqu’il peut potentiellement répondre à d’autres problématiques de corps non-standards, et présenter une alternative viable et bon marché à certains vêtements spécialisés – d’ailleurs le patron de juste après (le fameux patron secret, pour ceux qui ont suivi) a aussi une destination utilitaire et sera également gratuit.
J’ai terminé le patron avant-hier, il est en ligne sur mon shop ko-fi où je trouve important de le mettre à disposition gratuitement (votre contribution volontaire à mon travail est bien sûr bienvenue) et où vous pouvez le trouver en plusieurs saveurs : tailles normalisées du 34 au 60 pour ceux qui voilà hein voudraient juste un patron gratos pour se faire un fond de base et / ou se fabriquer un mannequin sans trop s’emmerder, sur mesure à la demande contre une petite contribution pour ceux qui n’ont pas envie de mettre les mains dans le cambouis, et les fichiers à utiliser directement dans Seamly pour les bricoleurs qui ont envie de le mettre à leur taille et d’itérer directement à partir de là. Le tout est sous licence CC-BY SA, ce qui signifie que si vous souhaitez vendre un vêtement produit à partir de ce matériel, vous y êtes autorisé, à condition de créditer mon travail.
Pour cette dernière option, on va filer dans un autre article dans la section tutos & templates où je ne vais pas vous donner un cours complet d’utilisation du logiciel, mais vous montrer vite fait comment importer vos mesures sur le patron et comment exporter le patron à vos mesures pour l’imprimer et l’assembler.
Ah oui, dernier détail : Je me suis attaquée en premier au patron pour les femmes parce que pour une fois ça fait pas de mal que les femmes passent en premier quelque part – et aussi accessoirement parce que j’en suis une – mais un patron homme est prévu, il arrivera tôt ou tard.
Cette réflexion a été amorcée par la lecture d’un article qui déplorait la mort d’une technique de tricot propre à une région d’Angleterre, là, à propos duquel la personne qui l’a posté déplore que ce n’est pas une pénurie de tricotteureuses qui cause cette disparition, mais une pénurie de personnes d’accord de bosser pour trois centimes de l’heure pour un métier extrêmement technique et exigeant.
Oui, je sais pas si on se rend bien compte, aujourd’hui, avec le prêt-à-porter, qu’un bête pull tricoté par un humain, avec une laine de qualité, c’est une chaine de production qui implique trois savoir-faire (l’éleveur, le fileur, le tricoteur) et potentiellement des centaines d’heures de boulot.
Selon que je travaille avec une laine grosse ou fine, te faire un joli pull en fair isle avec des motifs compliqués sur le col, ça va me prendre de trois jours pour une laine bien bulky à deux mois pour une laine super fine, en bossant tous les jours, huit heures par jour. Si tu veux un design original, tu peux y ajouter les heures de boulot sur le patron, en y appliquant la même logique en terme de précision du fini et de complexité du design / du modèle.
Quand j’étais gamine, ma mère nous tricotait des pulls. Elle était douée, avec ça. C’était considéré comme un « truc de vieille » mais cette petite nana de la vingtaine y passait une bonne partie de son temps libre, dessinant des patrons originaux qui n’avaient rien de vieillot: pulls fluos aux formes abstraites, figures à la niki de saint phale, personnages de BD… Elle avait régulièrement des commentaires sur ses oeuvres et des demandes de commandes, qu’elle refusait toujours : c’est pas un métier, tricoteuse, c’est pas vraiment un truc sérieux, c’est juste un hobbie. Déjà convaincue d’être une imbécile de peu de talent, je ne suis pas certaine que malgré tout son féminisme, elle aurait pu s’affranchir à ce point de l’aura de « truc de fille qui demande pas vraiment de compétence » qu’a ce métier qui encore à ce jour est très majoritairement exercé par des femmes et considéré comme féminin.
Elle l’a bien senti, je pense, pas sûre que qui que ce soit qui lui aurait passé commande aurait réussi à l’honorer d’une rémunération appropriée.
Gamine, je pense que j’absorbais beaucoup, inconsciemment, ce message sociétal: j’ai toujours refusé qu’elle m’apprenne son art, sans trop savoir pourquoi et sans trop y réfléchir. Bon, bien sûr, ce n’est pas le tout, c’est aussi le poids de nos relations familliales tendues qui a rompu cette maille fragile (t’as vu comme je file la métaphore? j’ai le sens de la trame narrative non?), mais ce n’est pas le sujet qui nous occupe et je n’ai pas envie de m’étendre dessus aujourd’hui.
Il en résulte néanmoins que si je suis devenue tricoteuse à mon tour dans le courant de la vingtaine, à un moment où d’un point de vue populaire on était à l’apogée de la considération que c’était un loisir de petite vieille chiante qui fait des pulls moches dont tu sais pas quoi faire quand mamie te les offre à noël, ce n’est pas par transmission directe… Mais c’est peut-être bien quand même, au moins partiellement, par héritage familial.
Faut dire que, en quelques sortes, ma môman n’y mettait pas vraiment du sien non plus. Pas sa faute, mais son féminisme prenait souvent la forme de mépriser activement tout ce qui est connoté féminin. Par ailleurs bricoleuse de vélo en balcon et retapeuse de meubles d’occase, elle nous a élevées (oui oui, toute une sororité) pour nous rendre démerdes avec une clé à molette, dans l’esprit « dans la vie, tu dois être autonome, je ne veux pas que tu aies besoin d’un homme pour t’en sortir ».
En terme de démerdardise c’est une franche réussite, je suis le genre de meuf qui sait raccorder un lave-linge (et modifier l’installation sanitaire pour le faire), construire (oui construire, pas monter) une commode et est à l’aise avec un fer à souder.
Mais quand mon goût pour le tinkering m’a tout naturellement fait dériver vers des trucs qui impliquaient les arts textiles, ça n’a pas été simple d’un point de vue identitaire. C’est plutôt dissonant quand tu me croises à promener mon croisé husky avec mes rangers, ma chemise de bûcheron et mon tricot à la main. J’ai mis des années à afficher ouvertement cette partie de ma production, à la considérer comme partie intégrante de mon skillset, et à arrêter d’en avoir, au fond, un peu honte. Je n’ai toujours pas arrêté de prendre la défense de ces métiers avec beaucoup de véhémence, ni de me justifier. C’est un bout de boulot qui reste à faire.
Et donc, en arrivant sur Mastodon, je vois des femmes avec des PhD en physique qui postent des photos de leurs tricots, de leur dernière jupe cousue main, de leur tissage en cours, et c’est rafraichissant parce que j’ai pas le souvenir d’avoir déjà croisé ça sur un autre réseau social (et certainement pas aussi ouvertement assûmé). Mais il y a quand même, à chaque fois, cette petite voix en moi qui me dit « ah, tu vois, y a des femmes très intelligentes qui font ça, c’est pas un loisir de débile »
Assez parlé de moi, mon contexte est posé.
L’histoire du textile est intimement liée à la grande, celle avec un grand H, et on peut aisément retracer l’une à travers l’autre, en retrouver les marqueurs.
Par exemple, tu sais pourquoi le bleu est la couleur de la royauté? L’indigo, plante tinctoriale produisant ce fameux « bleu roi », n’existe pas sous nos latitudes. Il fallait l’importer d’Orient, en faisant la couleur la plus onéreuse à produire. Si ça avait été le vert, le drapeau français aurait une autre tronche.On utilisait aussi de l’outremer, encore plus rare et onéreux. Je crois moins à la renouée, beaucoup plus populaire. Le bleu est devenu l’apanage de la royauté sur le tard et les diverses sources documentaires sont souvent contradictoires sur l’origine de ce pigment en Europe au moyen-âge, l’attribuant souvent au pastel des teinturiers. Ce qui dans la pratique me semble douteux : ce pigment a de la peine à donner un bleu aussi profond que les bleus royaux. une très bonne source documentaire par ici
Mais aussi, est-ce que tu sais que tu te balades tous les jours dans un vêtement muni d’un organe vestigial? Le « blue jean » (le vêtement, pas le tissu lui-même, développé pour la confection de vêtements de travail résistants, donc concrètement le premier tissu technique de l’histoire et par essence, prolétaire), avec ses rivets à fins de solidification supplémentaire, a une petite poche ridicule à l’intérieur de la poche droite, la fameuse « poche à monnaie », qui est en fait une poche à gousset qui, pour une raison qui m’échappe, n’a jamais disparu (mets-y une montre à gousset, tiens, c’est sympa, y a pas besoin de remplacer les piles et ça fait pas téléphone par-dessus le marché)
Mais surtout, à chaque fois qu’une crise émerge (grande guerre, effondrement économique, pandémie…) c’est LE corps de métier dont la valeur s’envole.
Je pense que t’as déjà vu une « zoot suit »? Ce costume extravagant popularisé par le film « the mask », porté par Jim Carrey lors de sa transformation, mais qui est en fait piqué à la contre-culture afro-américaine née dans les années 30, parfois simplement appelée « zoot », et que le jeune Malcom X portait beaucoup mieux… Considérées comme un gaspillage durant les efforts de guerre des années 40, leur aspect revendicateur s’en est vu décuplé. Ayant donné lieu à des ratonnades aux accents bien bien racistes, elles ont finalement été interdites.
À l’autre extrême du spectre de l’austérité, à l’autre bout du monde…
je suppose que tu te sers régulièrement du mot « ersatz », mais sais-tu qu’il désigne les produits élaborés en remplacement des produits rationnés pour l’effort de guerre en Allemagne? Le textile n’a pas fait exception, les femmes redoublant d’imagination pour créer de toutes pièces de nouvelles matières à travailler en confection. Il faut y voir un précurseur et l’initiation de la production industrielle de textile synthétique, mais aussi – et je dis ça indépendamment de toute considération politique, parce que les femmes civiles allemandes subissaient cette guerre sans aucunement y prendre part – faut-il peut-être trouver dans cette ingéniosité une inspiration quant à l’épuisement de nos matières premières et aux solutions à apporter à ces questions.
Un corset long en « ersatz », du livre « Corsets, historical patterns and techniques », de Jill Salen
Les vêtements ont toujours été un marqueur social fort, qu’il s’agisse de classe ou de conviction politique. On peut penser au jabot comme au costard-cravatte, aux lacets rouges et perfecto des punks comme aux gilets jaunes des manifestants… Ce qui nous couvre n’est pas anodin, et si l’habit ne fait pas le moine, il le place tout de même très fortement dans son époque, sa classe sociale, son contexte socio-politique, parfois sa foi ou sa caste.
Ils peuvent être des instruments puissants d’oppression … Comme de libération – et, toujours, porteurs d’une symbolique et d’une portée politique que nous instrumentalisons sans la maîtriser complètement.
On reste dans l’histoire mais on retourne à nos tricoteuses. Un truc extraordinaire se passe qui va contribuer à donner plusieurs tournants plutôt sympas à l’Histoire:
Une maille à l’endroit, une maille à l’envers… L’info est en binaire, c’est du moins ce que dit l’article cité plus haut, mais quiconque a déjà tricoté sait qu’on peut faire passer beaucoup plus d’infos à travers un tricot, un travail de crochet, ou un tissage. Il n’y a qu’à voir la gueule des diagrammes et des instructions…
Rnd 1: make 6sc in a magic ring
Rnd 2: inc in each st [12]
Rnd 3: (sc, inc in next st) repeat around [18]
Rnd 4: (2sc, inc into next st) repeat around [24]
Rnd 5: sc around [24]
Rnd 6: (3sc, inc into next st) repeat around [30]
Rnd 7: (4sc, inc into next st) repeat around [36]
Rnd 8: (5sc, inc into next st) repeat around [42]
Rnd 9: (6sc, inc into next st) repeat around [48]
Rnd 10: sc around [48]
Rnd 11: (7sc, inc into next st) repeat around [54]
Rnd 12-17: sc around [54]
Rnd 18: (7sc, dec) repeat around [48]
Rnd 19: sc around [48]
Rnd 20: (6sc, dec) repeat around [42]
Rnd 21: (5sc, dec) repeat around [36]
Rnd 22: (4sc, dec) repeat around [30]Sew the nose on with charcoal yarn. Tie a tight knot on the back side.
Rnd 23: (3sc, dec) repeat around [24]
Fasten off
on dirait du pascal
…penser à la variété des motifs, aux possibilités énormes de choix de couleurs, aux jours…
D’ailleurs certaines de ces techniques sont si complexes qu’aucune machine ne peut les reproduire
Vidéo expliquant pourquoi il est impossible de construire une machine à crocheter
Attaquons le volet économique / écologique, maintenant. Ils sont si intimement intriqués que c’est impossible de les séparer l’un de l’autre, alors on va le faire en un bloc.
L’industrie « de la mode » (terme ridicule et inadéquat, au passage, c’est l’industrie du prêt-à-porter, pas de la mode) est l’une des plus polluantes au monde, c’est bien connu. C’est aussi l’une des plus inhumaines : travail des enfants, conditions de travail absolument sordides, sous-rémunération, pollution de sources d’eau potable, manipulation de produits chimiques atroces (j’ai encore vu la semaine dernière des personnes au Cashmere fixer leur teinture à la soude caustique… à mains nues), et j’en passe…
Les rares filières humanistes sont celles qui finissent dans nos « magasins du monde », à l’issue d’un processus de fétichisation un peu étrange, où l’on considère le textile artisanal comme une sorte d’héritage vernaculaire de civilisations arriérées en danger d’extinction, que l’on achète bien trop peu chères pour permettre à l’artisan de vivre décemment, puis que l’on entrepose chez soi un peu comme une pièce de musée, convaincu de sa bonne moralité.
On tend au passage à oublier que cet héritage vernaculaire d’hommes préhistoriques existe également dans nos civilisations « avancées » (un exemple parmi tant d’autres), juste un peu étouffées, juste sous la flaque de pétrole de l’industrialisation, les plumes un peu collées –
Mais cet état de fait n’est pas un dommage collatéral inévitable intrinsèque à la production d’arts textiles, c’est le fait de l’industrialisation des process, de la mondialisation, et d’une logique capitaliste et mercantile devenue totalement hors de contrôle.
C’est malheureusement le changement de paradigme auquel je pense que nous sommes, en temps que société, le moins sensible, et qui m’apparaît comme le plus difficile à résoudre. Non pas que les solutions n’existent pas, mais que, voyez-vous, la transition vers un modèle raisonnable et viable, que je conçois difficilement différemment que dans une forme d’arrachement brutal, nous laisserait littéralement… Tout nus.
En effet, l’artisanat du textile, sous sa forme la plus saine, est, par essence, lent et onéreux. Il ne permet ni élevage intensif, ni monoculture intensive, ni torture d’êtres vivants (adieu toutes les soies sauf la soie de la paix), ni exploitation des populations vulnérables. Il exige la remécanisation d’une partie du process, la juste rémunération des artisanes (je le mettrais bien au masculin, mais… CF première partie de ce déroulé), et le temps nécessaire à la création.
Son modèle est pourtant viable : cette mode prête-à-consommer, si elle est peu onéreuse à l’achat, est pourtant extrêmement jetable, et uniforme… Nous portons tous jeans-et-t-shirts qui ne vont réellement à aucun d’entre nous, et s’auto-détruisent au bout de trois mois (pour les pires) à deux ans.
Le vêtement, le pull, le tissu produits par un artisan, en revanche – et je vous jure que ce n’est pas une publicité mensongère pour faire tourner mon petit commerce – est conçu pour durer toute une vie, et plus. En confection, il épouse votre complexion à merveille. En prêt-à-porter de petite et moyenne série, il peut s’adapter facilement à vos mensurations (processus rendu encore plus aisé et rapide par l’apport inestimable de logiciels de patronnage). Ses composants sont robustes, ils se retouchent et se rapiècent au besoin.
Nos arrières-grands-mères transmettaient à leurs filles des robes de mariée qui n’étaient pas de vieilles serpillères délavées, mais des trésors de savoir-faire et de raffinement.
Une telle transition vers l’arrière, j’en suis fermement convaincue, changerait radicalement la face du monde.
Je crains cependant que nous ne sommes malheureusement pas prêts, collectivement, à en assûmer les impacts; non pas que je porte peu de foi à votre volonté d’agir, mais lequel d’entre vous serait prêt à assûmer la lenteur d’une production artisanale, à devoir attendre un à deux mois, ou plus, pour obtenir cette petite veste d’hiver que vous voulez maintenant parce que vous n’avez pas été habitué à anticiper ce genre de besoins?
Combien d’entre vous – et de cet aspect je ne vous tiens nullement responsables – auraient les moyens d’y mettre deux cent, trois cent, deux mille francs parfois, pour rémunérer à hauteur de son travail un artisan local soumis aux mêmes inflations que vous l’êtes, même si vous avez la garantie que ce vêtement, ce coussin, cette broderie, vous tiendront toute une vie?
Ce métier, essentiel s’il en est, est aussi le plus dévalué qui soit (et je reste fermement convaincue que le fait qu’il soit assigné par défaut aux femmes n’y est pas étranger). La plupart d’entre nous, artisannes du textile, l’avons relégué au rang de hobbie, ou vivottons difficilement des faibles revenus que nos métiers nous procurent, en cherchant à élaborer des modèles alternatifs vivables.
Pour ma part, étant dans une situation très particulière qui s’inscrit encore en marge du modèle économique dominant, j’ai opté pour une distribution gratuite de mes modèles que le « client » se chargera de réaliser lui-meme, et prise de commande pour celui qui n’aura pas envie de réinventer le fil à couper le beurre le temps de se faire un pull, et comprendra que mes délais sont encore plus longs et aléatoires qu’ailleurs. Mais tous les artisans ne peuvent pas se permettre de tourner ad vitam sur ce modèle à perte.
Si j’étais fataliste, je dirais que ces métiers sont conjoncturellement voués à disparaître à plus ou moins court terme…
Mais je crois trop que ce modèle exploitatif atteint gentiment ses extrêmes limites, et qu’au moment où la transition va se faire, de gré ou de force, nous serons là, nous serons peut-être le maillon le plus important de la chaîne… Et nous serons prêt-e-s.
Je vous invite simplement à penser aussi la question du textile, en profondeur, dans toutes vos théorisations de modèles pérennes, à la place que vous voulez nous laisser y occuper, et aux façons que nous pourrions mettre en œuvre dès à présent pour effectuer les changements nécessaires.
Et nous arrivons gentiment à ma conclusion.
Je fréquente assidûment mon fablab local. Je crois beaucoup au modèle de ces ateliers collectifs. Malheureusement, la tech y est sur-représentée, l’artisanat en revanche y est très peu présent, alors qu’il y a toute sa place. La parité homme / femme y est une bonne blague (en tout cas dans celui-ci).
Le miens est malheureusement rempli de machos vieille école et de machos un peu plus nouvelle école, qui balaient leurs dérives derrière l’étendard du « geek socialement maladroit ».
L’un d’eux m’a dit un jour qu’il n’aurait pas supporté être couturier1, comme moi, parce qu’il avait besoin de défis intellectuels, de stimulations constantes, de challenges auxquels réfléchir, et que c’est pour ça qu’il est mécanicien et automaticien.
Bien sûr j’ai eu envie de lui claquer le museau. J’ai aussi eu envie de lui expliquer longuement pourquoi je ne crois pas à la scission entre sciences dures et molles, ou combien d’années d’études il faut faire pour devenir conservatrice de mode ou historien du vêtement, ou tout simplement passer de « couture flou » à tailleur, de lui montrer des livres comme « pattern magic » de Tomoko Nakamichi, des possiblité infinies de créer des formes nouvelles en textile, de sa parenté avec l’architecture, en somme, de lui expliquer ce que je vous explique aujourd’hui.
À la place, je me suis tue, et j’ai découpé à la CNC des sets de tablettes à tisser et des mini cadres à tisser, comme objets à vendre pour présenter les activités du fablab à un festival local. Résultat : aucun des kits « high tech » n’ont été vendus… Mais presque tous les kits de tissage sont partis.
Heh. Qu’est-ce que je peux ajouter à ça. VOUS ÊTES LÉGITIMES, peut-être.
vous noterez d’ailleurs comment « couturier » ça veut dire « styliste à la tête d’une grande maison » et « couturière » ça veut dire « petite main dans une grande maison, repriseuse ou ouvrière » ↩︎
J’ai un certain nombre de projets sur le feu en ce moment, à différents degrés d’avancement, qui attendent tous d’être finalisés. La masse de boulot me prend beaucoup de temps et de bande passante mentale, l’une des principales raisons pour lesquelles j’ai un peu laissé tomber la mise à jour de mon site depuis… pas mal de mois, maintenant.
First things first, sur la page d’accueil, dans mon encart de présentation, tu auras sûrement vu une nouvelle série de logos cliquables. L’un d’eux, la petite poupoule
Mène directement à mon tout nouveau shop – tellement nouveau que je n’ai pas encore pris le temps de lui concocter une image de bannière digne de ce nom – où tu devrais trouvoir pouver les résultats de mes dernières bidouilles quand j’ai fait du rab, ce qui m’arrive tout de même assez souvent, et / ou m’y demander de faire du rab sur commande, ce qui est tout à fait envisageable à la condition que tu réalises bien que, eh ben, j’ai toujours cinquante projets sur le feu et pas mal de limitations personnelles et mes délais sont absurdement longs. Donc, exceptionnellement, les mandats.
Dès que j’aurai terminé la rédaction de ce billet, je soumettrai à l’équipe du site une première traduction, vu que la plateforme est une coopérative elle fonctionne avec la contribution des membres.
Le site – celui-ci, le miens – attend aussi un nouvel habillage : c’est en cours de réflexion, ça va venir mais aucune idée de quand. Il y aura donc sûrement des phases de tests. En attendant, j’ai installé un plugin qui convertit le contenu des billets en format ActivityPub, donc il est concrètement possible de suivre les nouvelles publications sur le site depuis un coin du Fédiverse, par exemple depuis Pleroma ou Mastodon, deux clients permettant d’accéder aux serveurs qui constituent cet espèce d’immense réseau social décentralisé. Si tu n’es pas familier avec ces noms et ces notions, je te conseille de t’y intéresser, ce sont de bonnes alternatives, plus éthiques et respectueuses de ta vie privée, que des sites comme Facebook, X ou Instagram… Enfin, dans tous les cas, tu peux suivre l’évolution de ce site en m’y suivant avec le handle @morayner .
Ensuite, cet été j’ai appris par hasard l’existence d’une technique de tissage qui remonte à quelques millénaires, extrêmement nomade : il suffit de quelques « cartes » ou « tablettes », concrètement des carrés de bois, de corne ou même de carton de moins d’1mm d’épaisseur chacune, munies d’un trou à chaque coin. On peut attacher son ouvrage à sa ceinture puis à un pied de table ou n’importe quel poste qu’on a à portée de main. On passe les fils dans les trous, on tourne les cartes, on bloque la position en passant notre fil de trame dans la foule ainsi créée… Il n’y a pas de limites au format – sinon peut-être sa propre capacité à s’y retrouver dans les manipulations – mais le plus souvent l’ouvrage produit est une sangle, qui n’a rien à envier en solidité aux sangles nylons produites industriellement, mais les écrasent largement en joliesse. Les possibilités sont immenses, les résultats superbes et il a bien sûr fallu que j’essaye. J’ai donc passé une bonne partie de mon été à apprendre cette technique
Avec des résultats variés…
Puis finalement…
Plutôt bons.
D’ailleurs, quand je me suis fabriqué de quoi m’y mettre, j’ai fait du rab. Tu peux trouver ici des kits de 20 cartes en bouleau de 1mm d’épaisseur, cirées main à la cire d’abeille, et une petite navette dans une petite bourse (faite maison bien sûr) si t’as envie de t’y essayer.
Dans la foulée j’ai aussi crocheté une petite fleur de feu avec du ruban LED à l’intérieur, à pure fin décorative, pour la simple raison que je peux.
Bien. Et puis une fois que j’ai eu une aisance suffisante là-dedans, je me suis mise à m’intéresser aux diverses formes de métiers à tisser sur lesquelles je pourrais poser mon boulot pour être plus confortable et efficace, et finalement j’ai fait quelque chose de complètement différent : j’ai construit un métier à tisser à peigne envergeur, à partir d’un modèle sous licence non commerciale distribué gratuitement, qu’on peut monter avec des tiges rondes en bois et des pièces imprimées en 3D. Un très vieux rêve s’est réalisé, là : pouvoir produire moi-même du tissu, pour peut-être un jour produire des vêtements à partir de celui-ci, et avoir une pièce, à la fin, dont j’aurai maîtrisé l’entièreté de la production.
Dans la foulée j’ai un peu amélioré les montants du modèle pour rendre le métier moins souple dans la largeur (il se tordait quand je le déplaçais) et aussi pour pouvoir mettre une ensouple (le montant sur lequel le tissu s’enroule) plus épaisse pour qu’elle ne plie pas sous la tension, et modélisé quelques peignes d’à peu près toutes les tailles possibles qui s’y adaptent.
Ça, c’était, tu t’en doutes, un peu avant noël. Au même moment, j’ai fait une super collaboration avec Skalifrey pour une paire de costumes sur le thème « Medieval-Fantastic » : en trois semaines, on s’est retrouvés à produire un masque super complexe qui sera devenu le personnage d’Horace – sa tête est mobile sur son cou, qui comprend une ouverture pour le visage couverte par le tissu de la pièce qui lui recouvre le plastron. Skalifrey a imaginé le personnage de Horace, modélisé les bois, décomposé les bois et le crâne pour les imprimer en FDM, fait le travail de peinture et de décoration sur le crâne cornu, conçu et monté le cou, les épaules et le mécanisme pivotant en carton à l’intérieur, puis habillé l’ensemble.
Pour ma part, j’ai réalisé quelques esquisses de mon propre personnage – une guerrière beaucoup plus sobre, portant pelisse, earasaid, jupe, tunique et gants d’archer,
et j’ai réalisé toutes ces pièces du costume, des patrons à l’assemblage (les tissus et les laines étaient des « fins de stock »). À la fin il ne me restait que trois jours pour réaliser le patron, la découpe et l’assemblage de la cape de Horace, composée d’un métrage de tissu si absurde qu’il m’a fallu la découper en trois pans pour pouvoir utiliser trois tissus différents. Stressant, mais gratifiant
Phew. Ca en fait des machins. Attends attends c’est pas fini!
Quand ces costumes ont été terminés, j’ai enfin eu du temps pour jouer avec mon nouveau métier à tisser. Quelques écharpes plus loin,
Celles-ci, par exemple
je viens de finir de tisser trois tapis en coton plutôt grossiers, qu’il me reste à découper en petits segments puis à doubler de revêtement antidérapants pour les mettre dans les escaliers.
Avec l’aide de ma petite famille attentionnée
D’autres projets sont à divers niveaux d’avancement. J’ai des idées de patrons à vous proposer dans les tuyaux, notamment un patron de bleu de travail pensé pour convenir au corps des femmes, à partir duquel il me sera facile de dériver une salopette ou / et salopette-short et un pantalon de pluie pour le vélo, et un autre très important pour moi dont je préfère garder le secret pour l’instant. D’autres suivront, maintenant que j’ai pris Seamly2D en main ça va aller vite.
Et puis il y a encore ce projet de clavier split qui est pas mal avancé, maintenant : un clavier optimisé pour une disposition dite bépo, dont les deux rangs externes sont passablement baissés par rapport à ceux de l’Ergodox ou du Redox, parce qu’après bientôt deux ans d’utilisation du Redox le seul reproche que j’ai à lui faire c’est qu’il fait mal à mes petits doigts très courts.
Ce n’est pas sa forme finale – il y a un défaut d’alignement des touches à l’extérieur – mais c’est presque ça
Là, la PCB est terminée, il n’y a plus qu’à m’occuper des graphismes et à l’envoyer en production, ce qui devrait être fait dans les jours qui viennent. Ensuite il n’y aura plus qu’à la tester et écrire le driver tousse et ce clavier sera tout prêt à arriver chez vous – en passant probablement par le shop d’abord, avec quelques autres petits périphériques sexy que tu m’en diras des nouvelles, tu verras. Mais d’abord je dois boucler les projets en cours avant de m’attaquer à fabriquer du stock de périphériques, j’espère que tu comprendras.
Voilà je crois que c’est fini pour cet article-fleuve qu’est mon récap’ de la saison automne-hiver 23/24, j’espère que tu y auras trouvé ton compte et je te tiens au jus pour la suite des aventures!
Ce folio aurait pu être terminé en deux jours… Mais je le voulais en cuir, et c’est la première fois que je travaillais cette matière. Il a donc tout d’abord fallu débattre longuement avec moi-même pour trancher la question éthique « animal ou dérivé de pétrole », puis trouver un fournisseur. Je le voulais aussi embossé, donc il m’a fallu trouver un fournisseur aussi pour le fer d’embossage. Et j’ai voulu faire au moins une fois l’expérience de l’assemblage du cuir au poinçon et couture main. Donc, bien sûr, il m’a fallu des poinçons pour le travail du cuir et des aiguilles appropriées.
Résultat, le prototypage a débuté fin janvier et n’a abouti que fin avril, et parce que j’ai galéré dans l’intervalle à mettre en place le nouveau réseau, n’est posté que maintenant, mais le voilà.
Un petit folio embossé en nubuk naturel de chèvre à double zipper,
format A5 pour le glisser facilement dans un sac, et assez épais pour recevoir un bloc de 150 feuillets. Il contient un nombre absurde d’emplacements pour du matos à dessin
nommément, cinq markers copic ciao, deux petits pinceaux à réservoir, la mini boîte d’aquarelle dont j’ai posté le template ici, une gomme, une paire de ciseaux pliables, trois fine liners (il n’y en a que deux sur la photo), un porte-mine, deux liners sepia, et trois technalo (des graphites solubles à l’eau).
Ce premier essai a un défaut : j’ai vu trop grand pour l’épaisseur du dos du folio, qui du coup, bien qu’il soit parfaitement fonctionnel en l’état, forme un pli quand il est ouvert. Moyennant révision de ce petit détail, je ferai bientôt un troisième post pour publier les templates de patron / guide pour les emplacements des élastiques à découper à la laser dans ton fablab le plus proche.
J’ai d’abord voulu le laisser souple, sans renfort, mais n’ai pas trouvé ça pratique à manipuler. J’y ai donc glissé deux petites plaques de plexi – également découpées à la laser – dont je mettrai les fichiers avec ceux du patron.
Enfin, ce projet tout simple est terminé! Chaque bloc de rangement permet de stocker 12 stylos Copic Sketch, Classic ou Ciao.
J’ai modélisé les crochets à part pour ne pas avoir à utiliser de supports, mais aussi parce que la densité de remplissage compte : le bloc de rangement lui-même peut parfaitement être imprimé à 8-10%, mais les crochets devraient idéalement être imprimés à 50% ou plus pour la solidité. Il va donc falloir un petit point de superglu pour faire tenir tout ça en place…
Ca fait des années que je me complais dans mon petit niveau de dessin sans chercher à évoluer et que je ne suis toujours pas capable de dessiner un paysage correctement. Je suis pas fière de moi. J’aime pas ça. Je préfère être fière de moi. Donc j’ai décidé de me remettre à bosser un peu sérieusement là-dessus.
Il devrait donc y avoir quelques nouveautés dans la rubrique « dessin et design » dans pas trop longtemps.
J’essaye depuis un moment d’être nomade avec mon matériel, histoire de pouvoir faire des études en me baladant, mais ma technique n’est pas optimale, je me retrouve toujours à devoir prendre le « gros sac à dos » qui est du coup souvent vide à l’exception de mon matos de dessin qui s’y promène libéralement, puis je dois transvaser toute ma quincaillerie du petit sac vers le grand, bref, ce n’est pas extrêmement pratique.
Donc, j’ai cherché un folio. Un petit ‘organizer’ pour mettre un carnet de croquis et mon matos. Je n’ai bien sûr rien trouvé de très convaincant. Tu connais la suite… Le folio, c’est évidemment moi qui vais le fabriquer. Première étape, modéliser une petite boite d’aquarelle super compacte (elle fait au final la taille de deux clés USB), parce que ce serait quand même dommage d’avoir tout dans une petite trousse pratique et l’aquarelle qui se balade toute seule dans son coin.
Me reste à trancher si le cuir PU est plus éthique que le cuir végétal et à trouver un bon fournisseur. Je ferai suivre des images du folio (avec probablement un tuto et un patron) quand j’aurai tiré tout ça au clair.
Tu croyais que je m’étais tourné les pouces ces derniers mois, hein, avoue?
Un peu en amont d’un festival consacré aux disciplines numériques cette année, qui avait pour thème la musique, les membres du FabLab que je fréquente ont fait un gros brainstorming pour voir ce qu’on pourrait fabriquer de marrant qui rentre dans la contrainte. J’ai lâché qu’on pouvait sortir une guitare électrique pour moins de cinquante balles avec des mécaniques et de l’électronique pas cher et du bois de recyclage – qui permet en plus une valorisation plutôt sympa de ces déchets sous-utilisés (plutôt que de décimer des espèces en voie d’extinction comme par exemple le palissandre alors qu’on a des supers essences locales comme par exemple le noyer… Si tu ne crois pas aux guitares en bois recyclé, jette un œil du côté de la Red Special de Brian May).
Les choses se sont un peu emballées à partir de là. Taille, forme, tout y est passé : on a commencé par parler de designer un ukulele, puis un ukulele headless pour éviter je-ne-sais-plus-quelle-contrainte…
Et forcément, étant qui je suis, je suis partie en cours magistral
Pour finalement repartir sur une guitare électrique standard, notamment à cause de la difficulté de trouver des pièces standardisées pas trop cher pour un ukulele, headless qui plus est, et du temps que ça prendrait d’en usiner nous-mêmes.
Et puis il y a eu la contrainte de la taille de la surface de travail de la CNC du fablab, qui influait nécessairement sur la taille du diapason de la guitare, donc comment on concevait l’instrument. Pour prendre un peu d’avance, et en anticipant que ce projet risquait encore de changer de forme une bonne dizaine de fois, j’ai décidé de commencer ma modélisation sans mensurations définitives et donc, de pondre quelque chose avec assez de contraintes et de fonctions pour être modifié facilement, sans avoir à tout recommencer de zéro.
Le résultat est un modèle de guitare de voyage
(modélisée sur Fusion 360 – qui est jusqu’à maintenant le standard du fablab) dont la taille peut être modifiée en changeant une valeur dans le tout premier « sketch ».
en suivant la flèche qui part du cadre, on tombe sur la valeur à modifier
Et cette opération modifie automatiquement non seulement la longueur du corps et du manche, mais aussi la position du chevalet et celle des frettes, ainsi que la forme de la cavité et de l’attache du manche, la taille du pickguard et l’emplacement des cavités de contrôle, pour adapter le tout à une gamme chromatique correspondant à la longueur des cordes. Bien sûr, j’ai modélisé tout ça suffisamment paramétrique pour qu’il soit facile de changer la forme de la tête ou le profil du manche (actuellement asymétrique) sans casser toute la guitare à chaque fois.
la taille minimale du diapason est de 250mm, il n’y a pas de taille maximale
De sorte qu’en un clic. on peut se faire un ukulele soprano comme une basse.
J’ai beaucoup joué avec la forme des corps. Celui qui est sur les screens de démo, plus haut, est l’une des itérations mais pas la forme actuelle,
qui ressemble à ça
beaucoup plus symétrique et simple, très proche de celle d’une contrebasse électrique ou d’une guitare de voyage standard. Le modèle de démo ne ressemble pas à une fisher price par goût mais par contrainte : le but étant d’utiliser le moins de bois possible pour le corps (d’où la guitare de voyage) et de faire le moins de retournements possible (donc cavités sur la face avant de la guitare). J’ai fait deux ou trois essais un peu plus excentriques
une guitare classique string through, par exemple
l’idée étant, à terme, d’avoir un grand panel de formes de corps, mais aussi de micros, pour s’amuser à faire des combinaisons selon les envies. Je pensais lâcher le template de la guitare de voyage et un template vierge de corps gratuitement.
Le modèle de guitare de voyage, à quelques détails près qui ont été corrigés depuis, est prêt depuis la fin du mois de mai 2022.
Il y a eu un petit bug au niveau de la profondeur du débord de la tête par rapport à la hauteur de la touche, dont je ne me suis rendue compte qu’en imprimant un proto en FDM
et c’était tellement jouissif d’assembler tout ça que j’en ai fait une vidéo
(avec ma magnifique voix overdaubée)
Puis quand le débord a été corrigé on est passés aux tests CNC, d’abord sur de la mousse
Comme je n’avais jamais touché une CNC, Christoph m’a filé un coup de main pour cette partie. Nous avons passé des heures à galérer pour essayer de sortir un cam correct avec Fusion 360, sans grand succès. Finalement il m’a proposé de balancer le STL dans un petit soft appelé estlcam, qui a produit le joli manche ci-dessus sans faire d’histoires. Reste quelques petits soucis : les trous pour les mécaniques sont un peu foireux, et la finition assez grossière ne dispense pas vraiment d’un bon gros travail de ponçage…
Puis Marc est venu prêter main forte pour des tests sur du bois
Avec pas vraiment de succès non plus. À ce jour, le projet est bloqué à ce stade d’avancement. Et puis les copains-du-FabLab se demandent si on ferait pas mieux de retourner sur un modèle headless… (ce qui heureusement ne demande pas tant de modifications, par contre si tu veux une fanned frets il va falloir attendre au moins que je termine ce projet-là.)
Je voudrais quand même réussir à sortir un bon proto, viable, avant de lâcher les plans, histoire de m’assurer que tout est en ordre pour que tu n’aies vraiment plus qu’à balancer ton modèle dans la CNC, peindre, assembler, souder l’électronique et jouer – en gros, une guitare vraiment pas chère, écolo, modifiable, et livrée « clé en main ».
La musique ne devrait pas avoir de classe sociale, tu crois pas? (d’ailleurs si t’es un grand débutant et que tu veux apprendre gratuitement en autodidacte, il y a des super ressources open source comme par exemple GNU solfège)
Quand tout ça sera prêt, peaufiné, et fonctionnel au poil, je ferai un tuto extensif sur comment modifier chaque partie de ce bébé, posterai les plans, et probablement que pour les locaux il y aura un petit cours FabLab « fabrique ta guitare électrique ».