Quoi ? J’t’entends pas, j’ai du Melt Banana dans l’oreille
Dude…
moi : Esb ?
Esb dans le lointain : Oui ?
moi : C’est la pire LAN party de ma vie.
Esb *descend lentement et dramatiquement les escaliers, s’arrête dans les dernières marches, me regarde fixement* : Moi aussi. Je dois utiliser une trackball.
Découverte du jour : « Who has the biggest sound? » de Paul Dolden. Ça gratouille bien agréablement là où il faut. Un joli soundscape rigolo et très foisonnant. Attention, cela dit, c’est de l’écoute active, et ça va pas plaire à tout le monde.
Le savions-tu ? En plus du thérémine, Léon Theremin a inventé, entre autres choses, une machine à faire de la musique en dansant, et l’ancêtre de Fruity Loops. Un séquenceur analogique.
Ce truc produit des loops de polyrythmes, t’entends-tu les multiples? J’ai encore trouvé aucun séquenceur moderne qui soit capable de gérer ça, je comp… je comprends pas comment ça marche c’est opaque et extraordinaire je vais plus jamais dormir.
Peut-être que ce disque a quelque chose à voir là-dedans et que c’est possible parce que ça fonctionne par empilement plutôt que par déroulement…
Ce soir je suis allée me faire une toile et j’ai eu la chance de tomber sur On-gaku, dont je n’avais jamais entendu parler (en fait j’étais tombée sur la scène de course-poursuite mais impossible de me souvenir où, et je n’ai réalisé qu’une fois dedans).
Film d’animation nippon un peu curieux, il nous a été présenté comme étant le fruit de sept ans de travail d’une petite équipe interlope, animé dans un mélange de celluloïde et de rotoscopie, « à l’ancienne », donc ça partait déjà bien pour me faire plaisir.
Et puis ça parle de musique. Et ça en parle bien, étonnamment bien, bien mieux que tout ce que j’ai vu dans un film jusqu’à aujourd’hui. Déjà il se sert de la musique pour appuyer sa narration, le sound design en lui-même est impressionnant, si t’as l’occasion de le voir en salle fais ça de préférence, le panning est mis à profit d’une façon vraiment peu habituelle, il a une spatialité de guedin.
C’est un peu un film « d’initié », aussi. Je me suis levée en sautillant et en agitant les bras en plein milieu de la salle de cinéma en repérant des références plus ou moins discrètes à un artiste, une pochette d’album, une blague sur le milieu de la musique.
Il est à hurler de rire. Ne serait-ce qu’à cause du rythme, qui sert beaucoup de ressort comique, et ce genre de comique contextuel absurde plutôt que lourdingue a toutes mes faveurs. Il y a une scène en particulier qui m’a fait exploser de rire plutôt bruyamment et longuement, ce que tu sais rarissime si tu me connais un peu, mais je vais pas t’en dire plus je te laisse découvrir.
Attention à partir de là je spoil comme une sauvage (clique sur les flèches pour dérouler le contenu)
C’est pas de la musique?
C’était une expérience super intéressante pour moi, en temps que musicienne, d’aller voir ce film avec quelqu’un qui n’a aucun lien avec cet univers. Lors de leur première répétition, nos protagonistes branchent deux basses et installent deux toms, puis sortent chacun sur leur instrument, qu’ils touchent pour la première fois de leur vie, une note unique. On voit l’étonnement, presque une sorte de choc, qui prend siège dans leurs regards, puis après un moment d’hébétement, ils se disent qu’ils ont aimé ce qu’ils ont vécu. Puis ils se mettent à jouer, intuitivement, sans aucune expérience, et produisent une litanie primale, au rythme très simple, quasiment sans mélodie. Le non-musicien à côté de moi me glisse à l’oreille « c’est pas de la musique, ça » et je lui rétorque « si si, c’en est déjà ».
Une seule note…
Sur le chemin du retour je lui fais remarquer que ça m’a beaucoup étonné de sa part, vu que c’est moi qui ai la réputation d’être une turbosnob de l’enfer avec la musique et que lui est plutôt pop-friendly. Il m’explique que non, c’est ce moment où ils jouent une seule note et restent scotchés qui selon lui n’était pas de la musique, et je lui explique que même après des années à être musicienne, c’est ce que je fais toujours. Dès que je branche ma basse sur un ampli, je joue un mi à vide, une seule note, que je laisse s’éteindre en vibrant avec elle, et c’est toujours une sensation électrisante, qui me saisit au fond de l’estomac et me fait trembler des pieds à la tête. On comprend ou on ne comprend pas, je suppose.
Trouver sa voix
On parle du personnage de Morita, réservé et discret, qui tremble de peur devant notre protagoniste Kenji et s’exprime d’une toute petite voix aiguë, qui se transforme et devient beaucoup plus assurée, plus ample, plus grave lorsqu’il chante. Mon compagnon de séance me dit « ça m’a fait penser à toi, à combien t’as une voix grave et rude quand tu parles mais quand tu chantes, elle est très aiguë et douce, c’est sa vraie voix comme c’est ta vraie voix ». Et je lui réponds que oui, nous sommes quelques uns comme ça, à fleurir dans la musique, en quelques sortes.
Se transcender
Ce film parle de ça, de cette pulsion, cet état si proche de la transe qui saisit certains musiciens, annihilant toute inhibition. Kenji, qui refuse de chanter tout le long du film, finit son set en saisissant le micro à l’improviste, recouvert de larmes incontrôlables et de morve, et pousse une série de hurlements chantés inarticulés, presque spasmodiques. Ça vient du fond des tripes, et ça prend aux tripes. C’est beau, dedieu. D’autant plus beau que c’est de la noise qu’ils nous jouent, et peut-être que ça pourrait faire comprendre dans la foulée à certains quel intérêt on peut bien trouver à ce bruitisme inaudible, mais je suppose que ceux qui ne comprennent pas la musique pour elle-même ne seront pas davantage sensibles à ce que raconte le film.
La fraternité
Une chose que je relève encore en temps que musicienne c’est la « wholesomeness », la bienveillance qu’ont ces musiciens entre eux. Morita et les deux musiciens (anonymes) avec qui il joue, qui font partie du « club de musique folk », sont de ces musiciens qu’on qualifie de « overly educated », avec une culture musicale très étendue, sûrement des années d’éducation académique à leur actif, et beaucoup de compétences techniques. Kenji, Ôta et Asakura, qui ont touché un instrument de musique pour la première fois littéralement dans la semaine avant de rencontrer les membres du club de musique folk, sont des brutes de cour d’école qui passent leur temps à se battre et terrorisent tout le monde. Et pourtant, lorsqu’ils se font face, ils sont respectivement abasourdis par la musique de l’autre, se félicitent, se reconnaissent et s’influencent mutuellement. Pas une seule fois il n’est question du manque de niveau des uns, du manque de patate des autres. On est là pour parler de musique, et d’elle seule. Pour apprécier la musique pour ce qu’elle est, et rien d’autre.
…et la réalité
Ce n’est malheureusement pas l’expérience que j’ai eue bien souvent de mes pairs musiciens, mais cette culture de la bienveillance et de la reconnaissance d’autrui, qui se centre sur une passion commune plutôt que sur la compétitivité, ferait bien de déborder du grand écran dans nos vies. C’est rafraîchissant, et c’est bien ça qui permet des expériences comme le rapprochement des deux groupes auquel on assiste le jour du concert.
En résumé, ça faisait des années qu’un film ne m’avait plus autant plu et je crois que c’est la première fois que je m’éclate autant dans un cinéma (maiiiis je vais voir Akira sur grand écran le mois prochain, donc ça risque d’être détrôné exceptionnellement vite). Je sors du cinéma avec l’envie de me remettre le film ce soir même et il a fallu que je rentre pour vous en parler vite-vite. Il se propulse assez haut dans la liste de mes films préférés, ce qui est un exploit parce que je suis aussi chiante avec le cinéma que je le suis avec la musique – et c’est pas peu dire. Files-y donc, tu m’en diras des nouvelles
Pour le #bloguidien du 5 novembre le prompt est « Donne nous un de tes sides project méconnu mais que t’aimerais bien partager ? » et je sais pas si quelque chose dans mes projets qualifie de side project ou de main project? Ca part un peu dans tous les sens et je les trouve tous équitablement importants je crois.
j’ai des petits carnets de bureau pour essayer de noter toutes mes idées, j’en ai un petit noir pour garder le fil des projets en cours ou des idées, un petit rouge pour essayer d’organiser mes journées autour de ces projets (ce qui est toujours plus ou moins un échec pour la partie « organiser » mais peut s’avérer diablement efficace pour ne pas zoner indéfiniment en essayant de retrouver le fil de ce que j’étais en train de faire ou de décider quoi faire de la journée)
le petit carnet noir
le petit carnet rouge
Et un petit carnet céruléen dans lequel je me contente de consigner mes idées, qui est un peu celui sur lequel je comptais pour rédiger cette note et sur lequel je ne parviens pas à mettre la main là tout de suite.
Du coup je sais pas trop ce qui est un side-project de quoi. Est-ce que la couture est un side-project du dessin? Est-ce que le dessin est un side-project de la musique? Est-ce que la musique est un side-project de la lutherie? Ou est-ce que le projet principal c’est les apprentissages?
Je peux te glisser quelques projets en attente que je chéris, bidouille et réfléchis depuis un bon bout de temps. Certains sont sur le feu à cause de contraintes techniques, d’autres de contraintes financières, et d’autres encore juste dans la liste d’attente que je termine les projets plus urgents d’abord.
Il y a par exemple les cônes de fil réfléchissants que j’ai achetés pour faire des patches à coudre sur ses fringues pour être visible de nuit quand on roule à vélo. Et hors de question que je me serve de templates tout faits façon « canvas » pour un tel projet (de toutes façons c’est pas trop le genre de la maison), il va falloir que je les design, probablement en vectoriel, puis que j’apprenne à digitaliser la broderie, puis que je bricole une de mes machines à coudre pour en faire une machine à broder CNC parce que là tout de suite j’ai pas exactement le budget pour une machine à broder toute prête du commerce, et donc que je trouve une personne rompue à l’électronique pour me seconder pendant cette partie des opérations parce qu’il s’agit de jouer avec l’alim’ de la machine et ça me fout un peu les jetons.
Et pour le moment, j’ai à peine le balbutiement d’une ou deux idées de designs de patches. Envie de trouver ma propre inspiration et pas de repomper des références. Envie de trouver un jeu à faire entre ce qui se voit de jour et ce qui se voit de nuit, que le design se révèle différent dans la réflexion d’un phare qu’il ne l’est en plein jour.
Donc y a encore un peu de boulot avant que celui-ci n’aboutisse, n’est-ce pas? Les candidatures pour un copain d’atelier pour me tenir la main pendant que j’essaye de nous électrocuter sont ouvertes, vous pouvez me les soumettre par mail à l’adresse moe.blacksmith@morayner.org . (Je déconne à moitié. Ptêt à un tiers.)
Sinon il y a l’avocado violin qui est toujours sur le bench. Enfin, qui précisément n’est pas sur le bench, parce que j’ai pas pu finir le bench, parce que je me suis fait opérer de la main, et ensuite j’ai déménagé, et ensuite je me suis fait opérer des bras, et il n’y a plus que deux mortaises à tailler pour le finaliser mais ça fait un peu plus d’un an que je n’y arrive pas. Donc l’avocado violin est toujours coincé à quelques étapes de son achèvement, pour une durée indéterminée. Je te le montre, en couleur, lui, il en vaut la peine.
L’autre gros projet en attente, c’est la guitare-palette modulable , qui est en attente parce que j’ai ragequit mon fablab et que du coup je n’ai plus accès à une CNC. Ça pourrait se résoudre avec le déménagement, si par extraordinaire les fablabs concurrents s’avèrent moins… problématiques, et plus didactiques.
Y en a tout plein d’autres. Tout plein tout plein. Une hybride guitare-basse qui attend son manche depuis des lustres, l’idée d’un corps en yosegi-zaiku qui me gratte un coin du cerveau depuis quelques années, l’idée d’un autre épousé par le cordage, sur lequel mettre en pratique le contenu du fantastique grand livre des noeuds.
Y avait un album dans les doigts avant qu’on me foute dans les cordes, aussi. Je voulais l’appeler « モチーフ » et faire un truc extrêmement pénible de musicienne à trois auditeurs qui s’en fout bien de si ça se vend ou pas, précisément ce qui est annoncé dans le titre: jouer avec un motif pour autant de pièces qu’il m’est loisible. Un exercice de style.
Et puis ma balance a été pétée donc le prochain album – et il va venir, il bouillonne pas loin en-dessous – devrait être plus noir et peut-être un peu plus perché dans l’éther aussi. On verra plus tard pour la broderie.
Des fringues. Tellement de fringues.
Le design d’un jeu de cartes et d’un jeu de tarot.
Moult tissage.
Enfin, j’aurai pas fini avant d’être finie, j’ai l’impression.
Malgré tout c’est compliqué comme thème parce que ça exige que j’en isole une, de musique, alors que j’en ai une par humeur, une par époque, et plusieurs qui fonctionnent un peu comme de grands éléments fondateurs presque intégrés à ma personnalité, qui ont secoué ma vision du monde et sur lesquels je me retourne en temps de disette émotionnelle pour faire un petit backup de qui je suis dans mes meilleurs moments.
Est-ce que ce serait Vogt Dig For Kloppervok du groupe The Books? Il y a un truc que j’adore avec ce groupe c’est que ce sont eux qui font leurs clips et le résultat est tellement organique que je trouve difficile de savoir si c’est le clip qui a servi de support à l’écriture de la chanson ou l’inverse. Il y a quelque chose de très ludique dans toute l’œuvre de ces deux mecs qui m’évoque à la perfection la joie enfantine. Leur musique – du collage – obéit à peu de canons esthétiques, est très axée sur l’expérimentation – l’un des membres fondateurs est un genre de savant fou qui a construit un trébuchet à saloperies dans son jardin pour évacuer ses frustrations, il en parle même dans une de ses chansons, io, avec son groupe solo, Zammuto, elle est dans le clip d’ailleurs, « you gotta learn to love the smell when you ride the shit catapult », il passe son temps à inventer et fabriquer des instruments de musique bizarres et a construit sa maison, un homme selon mon coeur, d’ailleurs écoute Zammuto aussi c’est absolument merveilleux. Enfin qu’est-ce que je disais? Oui, très axée sur l’expérimentation, et pleine d’humour, de douceur, de joie de vivre. C’est vraiment comme une potion de résurrection pour moi quand ça va pas. Un petit coup de The Books et c’est reparti. C’est, je crois, le seul groupe qui m’a fait rire à haute voix et sourire à me décrocher la mâchoire à la découverte de chaque morceau de chaque album. Garanti de te faire retrouver un sens à la vie en trois minutes et des brouettes. Y a par exemple take time qui fait ça très bien (regarde le clip toujours) et le sens de la vie pour les scientifiques avec des fourmis, des poissons et beaucoup de beauté.
Vogt Dig For Kloppervok, en particulier, parce que je crois qu’il n’y a pas de point de sauvegarde plus exhaustif de tout ce que j’aime, de choses extérieures à la musique que j’ai accumulées dans mon stash de petits trésors de l’existence doudous qui rendent heureux. Le jabberwocky, la pluie qui tape doucement sur une vitre, dessiner dans la neige, un coucher de lune… Cette émotion très particulière qui est véhiculée dans ce morceau est celle que j’ai passé toute ma vie à tout faire pour ressentir, à cultiver, à affiner. Ce n’est pas de la joie, ni de la mélancolie, ni une exaltation explosive, mais un soulèvement tranquille, une excitation mais un peu plus, c’est un sentiment très vaste, un peu plus que ce que je peux contenir. C’est ce qu’on doit ressentir devant le grand canyon ou dans une forêt de sequoia millénaires. De l’émerveillement, le sentiment d’être en vie. C’est ça : cette chanson m’émerveille. Quand je l’écoute, je ne suis plus qu’un grand frisson continu.
Et puis il y a un truc dans ce clip, à ce timecode, qui m’a complètement bouleversée : « keeping your eyes gently closed… close your eyes tightly » et à l’image, on a un gros plan sur les yeux de cet homme qui d’abord bougent en tous sens, puis se calment, se ferment plusieurs fois de plus en plus doucement, avant que ses yeux ne se « retournent dans sa tête » puis se ferment doucement quelques instants, puis il les ferme très fort. Ça m’a immédiatement évoqué un abandon total à cette émotion puissante, puis comme un signal, « c’est parti ». Je me suis dit « ce mec sait voler », et ça a été le coup de foudre. C’est mon sport préféré, j’aime rencontrer d’autres adeptes. Tu rajoutes à ça l’infinie douceur avec laquelle il met en mélodie le jabberwocky à la fin, je ne pouvais qu’être conquise.
Xiu Xiu m’a fait un truc très similaire avec Apistat Commander . Âmes sensibles s’abstenir, c’est du bruitisme à l’état pur, quand j’ai essayé de partager ma joie d’avoir découvert ce groupe avec des copains, le terme qui est revenu le plus souvent est « viol cérébral ». Vous êtes prévenus.
Et c’est en quelque sorte exactement ce qui m’a attirée dans cette musique. Je l’ai tellement pas vue venir. Elle m’a embarquée dans quelque chose d’intense qui a fait accélérer mon cœur et ma respiration et m’a fait rire nerveusement, puis quand je croyais qu’on était tout en haut et que ça ne pouvait que redescendre et que mon cœur allait péter, ça a continué de monter. Un genre d’epectase musicale.
Xiu Xiu m’a beaucoup aidée à me débloquer en temps que musicienne. Les gens qui me disaient que c’est du viol cérébral étaient aussi souvent très critiques sur mes compos, sur mes choix de mixage délibérément sales, cassés et parfois stridents. Je suis allée les voir plusieurs fois en concert, en découvrant à chaque fois avec une infinie tristesse qu’il n’y avait que, littéralement, sept personnes dans le public. J’en ai voulu aux gens de ne pas faire honneur à leur talent, je les ai admirés de se déplacer depuis la Californie sûrement sur leurs fonds propres pour donner un concert à trois pelés et ne pas prendre ça pour un échec, et me suis dit que c’était ça, la vraie passion, et qu’ils ne s’arrêtaient sûrement pas aux critiques de compo bordélique et de mixage sale et de sons stridents et désagréables. Le frontsman de Xiu Xiu, Jamie Stewart s’est retrouvé sur mon motivational board, à côté de Tristan Tzara et de Adam Ben Ezra, accolé à la phrase
« Ceux qui n’aiment pas ce que tu fais… n’aiment pas ce que tu aimes »
Dans la même période je me gavais pas mal de Battles et Tyondai Braxton sortait son premier album solo, un objet très expérimental composé intégralement avec un micro, une guitare, une disto et une loop machine. J’en ai parlé assez extensivement un peu partout, notamment là
Tyondai Braxton. je suis arrivée là par le côté Battles et je suis restée pour History that has no effect, un objet sonique litanique distordu et hurlant d'une rare violence, témoin d'une douleur intime intense, un de ces albums trop agressif à la première écoute, qui est allé jusqu'à me faire pleurer incontrôlablement en public. cet album a toujours sur moi un effet incroyable, très physique, envahissant: il défonce complètement mes défenses.
ses albums suivants sont très différents : central market en particulier est une fable très imagée, dont la structure raffinée repose sur une organisation d'orchestre. La partition y est interprétée avec une intention particulière mise sur l'expression et un rapport au rythme plus libre que dans le rock. cet album m'a ouvert les portes de la musique classique contemporaine, dont j'ai découvert qu'elle n'est pas toujours prétentieuse et élitiste, mais même parfois carrément ludique et drôle, et très souvent super inventive.
en temps que musicienne, ça a été une véritable libération pour moi. ça faisait des années que je me torturais parce que grande amatrice de noise et de prog, je ne parvenais pourtant qu'à produire de la musique plutôt lente et douce (mais au facteur d'étrangeté préservé) et je me voyais comme une 'métalleuse ratée'. cette approche expressionniste à la forme nettement plus libre m'a ouvert de nouvelles perspectives de narration et permis de m'envisager comme une autrice de classique contemporain plutôt réussie. en me libérant des contraintes d'une structure codifiée et rigide (aka "si j'ai envie de faire de la musique sérielle avec 15x ma voix et aucun instrument, j'ai bien le droit)
https://craftopi.art/notice/Am1MvKKOzkMH3lhIwq
Mais c’est précisément la litanie de struck everywhere qui m’a foutue par terre. Björk a parlé de lui, je crois, en disant qu’il se servait de sa voix comme un instrument de musique. Elle parlait de l’aspect boom box et de ses jeux de polyphonies rythmiques avec des multieffets et sa loop machine, mais c’est personnellement vraiment sur cette chanson que ça m’a percutée. Jamais j’ai entendu une voix aussi pure. Aucun effet de fioriture, une gestion du souffle alternant de linéaire à explosive, des notes d’une justesse effarante. Je me suis dit « séraphin » en l’entendant. Puis j’ai lu un autre article à son propos qui le décrivait comme « le nouveau Peter Gabriel », et j’ai souri. Je vois comment.
Cette chanson, cette nappe sonore hypnotique, continue, dans le fond, cette guitare bourdonnante qui te désoriente avec son panning extrême et cette voix séraphique qui te délivre sa litanie inlassablement, comme pour forcer son message jusqu’à ce que tu baisse tes défenses et le laisse t’atteindre… Je sais pas quoi te dire, moi. Ca m’évoque cette scène de Will Hunting où Robin Williams répète à Matt Damon « C’est pas ta faute… C’est pas ta faute… » jusqu’à ce qu’il s’écroule enfin. C’est pas un affect si lointain qui est véhiculé dans cette chanson. Et, à la première écoute, je me suis écroulée.
Puisqu’on parle du motivational board – sur lequel je ne comprends pas qu’il n’y ait jamais eu de photo de Nick Zammuto, maintenant que j’y pense – on va évoquer rapidement Adam Ben Ezra, puisque j’en ai parlé plus haut. Rien d’aussi transcendant que les autres en terme d’expérience personnelle, mais en digne successeur d’Edgar Meyer dont les pièces pour contrebasse ont incité la création de la toute première virtuosité pour l’instrument, il a compris comment exploiter l’immense potentiel de la bête, et le fait avec une inventivité et une classe jamais égalées. En plus il se paye le luxe d’être adorable et accessible, si vous avez l’opportunité d’aller le voir en concert faites-le, et prenez le temps de discuter avec lui à la fin. Pour la découverte je propose Intro où le monsieur va tout simplement dire les termes, the busker pour la composition incroyable en toute sobriété, et parce que cet enf.. ce brave monsieur ne se contente pas d’être un contrebassiste extraordinaire mais a aussi une voix à tomber, tumbada pour la route.