Olalah y a ce mec qui a fait une p’tite board pour permettre d’utiliser un certain nombre de displays e-ink avec une faible latence comme de vrais moniteurs et non seulement il a publié sa PCB en open source mais en plus il a pondu un document hyper détaillé avec son build mais aussi deux ou trois autres projets similaires et toutes les connaissances qu’il a récoltées dans la foulée sur la technologie du e-ink (qui est hyper propriétaire et opaque si tu te demandais), c’est un trésor, je vais encore perdre quelques années de vie à fouiller là-dedans. Je partage mon malheur, hein, va savoir ce que tu pourrais en faire.
Bon, j’suis allée chez l’ophtalmo parce que je devais plisser les yeux pour voir l’heure sur la machine du salon et alors c’est confirmé je vois moins bi… mieux? Attends, hein? Comment ça je vois mieux?
Alors l’histoire, bon, je savais déjà, j’ai tendance à accomoder aux tests subjectifs (tu sais, quand le docteur il te dit « et là, vous voyez mieux ou moins bien? » en changeant les lentilles). Je sais pas exactement ce que je fais ni pourquoi, mais à la fin du processus je me retrouve toujours avec une correction beaucoup trop puissante pour mon défaut. Eh ben apparemment, ça fait six ans que je me traîne des lunettes trop fortes pour moi. Voilà voilà.
Bon mais alors pourquoi je dois plisser des yeux pour lire l’heure? Bah mon astigmatisme il s’est aggravé elle a dit la dame. Mais attends attends c’est pas fini.
Mon astigmatisme il s’est aggravé parce que j’ai une infection des paupières. Si si, apparemment c’est un truc, t’as les paupières infectées ça te déforme la cornée, me demande pas je suis pas ophtalmo, déjà je savais tellement pas que les infections aux paupières étaient un truc que j’avais même pas remarqué que j’en avais une. Donc un mois et demi de pâte à l’antibio en local avant de refaire les tests parce que je peux jamais rien faire comme tout le monde, putain.
Bon au moins pour une fois dans ma vie on va pouvoir vraiment savoir comment je vois pour de vrai, j’imagine? Tellement je suis une femme mystérieuse que même moi je comprends pas.
Un type sur reddit avait tout juste acheté une Elna Supermatic et sa table était explosée alors je lui ai dit que j’avais modélisé une table de rechange à imprimer en 3D il m’a dit merci trop bien, je peux mourir tranquille, j’ai fait un truc complètement obscur et hyper spécialisé qui a rendu service à au moins une personne, t’imagines pas la fierté et le sentiment d’accomplissement
J’ai commandé de la laine fluffy multicolore à tricoter et des yeux de peluche. Je dis ça, je dis rien.
Obsédée par sa quête d’un agenda-qui-fait-aussi-carnet-de-dessin-bullet-list-et-petit-carnet-pour-écrire pour mettre un frein à la multiplication des calepins et alléger le sac à dos, elle découvre avec enthousiasme le format « traveller’s notebook ». Et avec une immense perplexité le monde du scrapbooking.
Ca sonne un peu comme un accident où un marching band serait rentré dans un prédicateur, tout le monde est un peu secoué et vachement en pétard, j’aime bien
Marrant, ça, j’ai la pulsion d’écrire un article là-dessus sans me rendre compte qu’en fait on est bel et bien à l’échéance d’un mois de « sans smartphone » et que c’est l’heure du bilan.
Entre le moment où j’ai écrit mon dernier article et le moment où j’écris celui-ci, il s’est passé deux-trois trucs dans l’actualité : l’investiture de Trump a eu lieu, Musk fait des saluts nazis à la télé, Zuckerberg a décidé que c’était OK de réhabiliter des expressions comme « dégénéré » pour désigner les minorités – ce qui rappelle de vachement bons souvenirs – et drague les pauvres mecs paumés en mal d’estime de soi en leur vendant un fantasme viriliste qui les nourrit d’idéaux martiaux et les dresse à leur insu à devenir de la chair à canon… Et vu que c’est la tech de ces enflures que nous trimballons volontairement dans nos poches en toute connaissance de cause, comme une stasi portative à laquelle nous fournissons des renseignements en temps réel à toute heure du jour ou de la nuit, non seulement je suis plus que jamais en accord avec ma démarche, mais en plus je commencerais à y entrevoir une certaine urgence… Dans ces rares moments où mon téléphone se connecte sur mon réseau WiFi avec une OS non dégooglisée, je me dis qu’il y a danger.
Jusque là, le bilan est plutôt bon et pas désagréable. Pour la partie téléphone / SMS, le dumbphone, c’est très bien. Je ne prends plus jamais mon smartphone quand je suis à l’extérieur (sauf pour les trajets en voiture) et c’est… libérateur. Impossible de réchapper aux émotions négatives en se précipitant sur un réseau social, certes, mais ça permet de s’en occuper plutôt que de les éviter, et il n’y a pas de distraction pour les moments épanouissants et réparateurs, ça permet de faire de nouvelles connexions. Avec son environnement, avec les personnes autour, avec l’instant présent, et tout ça fait beaucoup de bien.
Dans les changements qui me font bizarre, plus rien ne traque le nombre de pas que je fais ni le nombre de kilomètres que je roule et je dois me faire confiance pour maintenir mon niveau d’activité – et je suis sûrement en train de surcompenser un peu. Je ne pense pas remplacer cette fonction par un tracker d’activités. Ça suffit, la course à la performance et la gamification de tous les aspects de nos vies. C’est en quelque sorte une obligation de retourner à une pratique sportive pour le plaisir et réapprendre à faire confiance aux informations transmises par le corps…
Le smartphone n’a plus de carte SIM, donc plus de connexion. Il ne peut plus être en ligne que via un réseau Wi-Fi, donc je ne le sors qu’à la maison et je redécouvre la joie du pauvre de se coller à un hot spot quand j’en ai vraiment besoin à l’extérieur (ce qui est arrivé une fois). J’ai désinstallé tous les navigateurs pour ne plus avoir la possibilité de doomscroller. Cantonner les applis de messagerie (cryptées!) à l’ordi de bureau et quitter (ou faire un gros hiatus, en tout cas) les réseaux sociaux (enfin, le réseau social, dans mon cas) était sincèrement la meilleure idée du monde.
J’ai supprimé mon compte spotify dans la foulée par ras-le-bol absolu de l’économie du streaming et déterré mon lecteur audiophile (un FiiO X1). Pas de connexion internet ou bluetooth dessus, on ne peut pas « téléverser » autrement qu’en copiant sur une carte microSD. Il y avait un petit soucis avec la molette de navigation qui faisait du staggering dans les menus, je suis allée regarder s’il y avait moyen de trouver des pièces pour la réparer facilement et ai découvert non sans surprise qu’il s’agissait d’un bug de l’OS et que le fabricant avait mis une MAJ en ligne en 2022 – cet appareil est miraculeusement encore maintenu. Problème de molette réglé, et puisque le stockage max est de 128go et que la carte qui est dedans en fait 32, j’ai acheté une nouvelle carte SD dans la foulée. En même temps qu’un SSD M.2 de 2to et un orange pi 4A (pour lequel il va falloir que je modélise un boîtier parce que j’en ai pas trouvé) pour bricoler un petit NAS pour que la musique (et les films, et les séries, et les installers de jeux) soit facilement accessible en local depuis toutes les machines de mon réseau. Ça, c’est pour la partie « audio ».
Je reste handicapée par la partie GPS / PDA. Impossible pour moi de me passer d’un outil de navigation ou d’un agenda. L’un ou l’autre sont individuellement relativement simples à régler. N’importe quel pi avec un écran peut servir d’agenda électronique et il existe des GPS dédiés. Ça fait un mois que je pèse mes options. J’ai regardé du côté des PDA pros qui ne sont tout bonnement pas une solution; on se retrouve avec les mêmes problèmes d’OS mais pour un prix bien plus rhédibitoire qu’un fairphone ou l’achat d’occasion d’un autre smartphone compatible avec une OS alternative, et franchement je n’ai vraiment pas envie de mettre de 400 à 800 balles dans un agenda électronique et un GPS.
J’ai louché du côté de /e/ OS qui a la particularité d’offrir, en plus de la liste des appareils supportés, un kit de déploiement assez simplifié mais pas encore assez pour moi, je me sens pas à la hauteur d’attaquer ça et bricker mon smartphone, j’ai pas les moyens de merder.
Je regarde avec beaucoup d’insistance du côté du tinkering et beaucoup de bidules retiennent mon attention : les modules GPS, la TOFU qui tourne avec une raspberry compute module 4 et comporte entre autres choses un slot micro SIM, les displays avec beaucoup d’interrogations vis à vis du rapport économie d’énergie / lisibilité / facilité de navigation… et tout me ramène aux mêmes problématiques : le volume de la bidouille complète dans la poche, comment quoi la batterie, et je veux bien 3D print un case mais ça ne sera pas nécessairement le plus résistant, précis ou étanche. Je me demande aussi s’il vaudrait mieux bricoler un PDA / GPS tout-en-un sur la même logique d’utilisation qu’un smartphone, ou deux appareils distincts et changer d’habitudes.
Et puis aujourd’hui en cherchant justement un module pour un hypothétique bricolage, je suis tombée sur un article qui parle du Liberux (on dirait presque qu’ils ont ouvert leur compte mastodon aujourd’hui, d’ailleurs, tellement c’est tout frais) qui, à l’image du Pinephone ou du Gemini PDA, ressemblent fort à des rêves devenus réalité, des fantasmes super ciblés (et je suis dans le cœur de cible) mais qui dépendent fortement de crowdfundings qui trois fois sur quatre n’aboutissent jamais à rien, et / ou dont les modèles sont discontinués à la vitesse de la lumière, et / ou dont les tout petits stocks sont très peu renouvellés, et / ou qu’il faut précommander au risque de ne jamais voir arriver son appareil, et / ou qui coûtent la peau des fesses.
En bref, la transition se fait gentiment, mais je rame toujours pour certains points et aucune solution magique ne m’est toujours apparue. Et ça m’attriste, parce qu’avec ce qui se profile (enfin, ça ne se « profile » plus, c’est là), je pense qu’il est extrêmement important et urgent de reprendre la main sur nos systèmes de communication, et le plus vite possible. Ça ne devrait pas être considéré comme une marotte de techno-enthousiastes vaguement paranoïaques. Pas au point où ça ne coûte plus rien de faire des saluts nazis publiquement, et on peut s’en sortir en prétendant qu’on envoyait des cœurs. Parce que dans moins longtemps que vous ne le croyez, ça deviendra risqué de tenir ce genre de propos sur son téléphone.
Tout le monde pète un plomb avec le prêt à porter. Les tailles ne conviennent à personne, si c’est serré sur les fesses ça flotte à la taille, ça flotte aux seins mais ça moule le ventre, c’est un enfer, ces tailles standardisées, ça n’existe que pour un type de physique qui est malheureusement imaginaire, et en ce qui concerne le corps des femmes qui varie très fort d’un individu à l’autre, ça oblige à cliver le monde entre taille normale et grande taille, ce qui est super pour l’ego, d’autant que les coupes grandes tailles consistent souvent à recouvrir le corps concerné pour le faire disparaître le plus possible au regard.
On voudrait bien pouvoir se faire un vêtement soi-même, durable, joli, et dans lequel on se sent parfaitement bien, seulement tout le monde n’est pas en mesure de tracer soi-même son patron, c’est une compétence qui demande tout de même un certain nombre de connaissances et qui prend du temps à mettre en œuvre.
Il y a bien une offre de patrons de couture, mais qui eux aussi correspondent à des tailles normalisées. C’est pas vraiment de la faute aux fournisseurs. Avant l’avènement du logiciel, tous les patrons étaient tracés manuellement, c’était impossible d’anticiper chaque variation corporelle. Mais l’informatique change beaucoup la donne : grâce aux logiciels de modélisme de mode, on peut tracer un patron en lui donnant suffisamment de repères (c’est le principe de la conception paramétrique ou CAD) pour qu’il s’adapte tout seul quand les variables désignées changent (par exemple, les tailles).
Seulement la formation de modélisme de mode et celle de design paramétrique c’est encore deux choses distinctes, et la plupart des concepteurs se contentent d’exploiter les extraordinaires possibilités de ces programmes pour se simplifier le travail de gradation (porter le même patron dans plusieurs tailles différentes)
Moi, ce que je voulais, c’est un patron qui ne se contente pas d’augmenter ou de diminuer de taille, mais où tout se modifierait en fonction d’un seul paramètre modifié. Ton tour de bras augmente? Hop, tu le rentres dans un formulaire, et tout le patron suit : le dessin complet de la manche, de l’emmanchure, les pinces, etc.
Il existe déjà des initiatives qui vont dans ce sens : freesewing propose une série de patrons intégralement gratuits avec un éditeur en ligne, barapatron , sewist CAD ou paternette par exemple sont autant de shops qui se proposent de générer un patron selon vos désirs.
C’est pas pour taper sur la concurrence, mais aucune de ces solutions n’a rencontré mes grâces. Dans le cas des shops, parce que la plupart se contentent de combiner différents designs et de baser leurs déclinaisons sur le principe de la gradation encore une fois (donc y a un tableau des tailles, en clair…)
Dans le cas de freesewing, parce que d’une part la quantité de modèles est limitée et pensée d’une façon particulière (on voit que les designs ont été créés avec la simplicité en tête pour s’assurer du taux de réussite du modèle) et d’autre part parce que la plupart… finissent par casser.
J’en suis venue à cette idée de patron paramétrique avec une raison bien précise en tête : j’avais une pathologie aux deux bras qui les a rendus très volumineux. Plus la maladie avançait, plus il m’était difficile de trouver des vêtements portables. Au dernier stade que j’ai connu, c’en était devenu ridicule : il aurait fallu que les manches de mon manteau soient en taille 60 ou plus, quand mon tour de taille était en 40 ou 42 tout au plus. Je te raconte pas les hivers dans ma montagne où il y avait du blizzard et on tapait parfois dans les -20 degrés Celsius, avec mes bras engoncés, mes mouvements limités, et le vent et la glace qui s’engouffraient contre mon ventre. Et impossible de trouver plus performant qu’une veste de bûcheron à carreaux doublé de pilou synthétique pour y caser mes invraisemblables œdèmes. Ça aurait même fini par constituer un risque, à la longue, et ça n’avait pas un effet merveilleux sur ma psyché de m’emballer dans des fringues quatre ou cinq fois trop grandes.
Donc il fallait que je me résigne à retourner à tracer mes patrons, ce que je savais faire mais n’avais plus fait depuis une petite éternité. Et connaissant par ailleurs le design paramétrique via le design d’objets pour l’impression 3D ou la découpe CNC, j’étais sûre qu’il y avait de quoi se faciliter considérablement la vie. C’est en cherchant dans ce sens que je suis tombée sur freesewing, où j’ai religieusement pété les limites de tous les designs avec ma circonférence de bras insensée. J’aurais bien pu contribuer à créer des designs davantage paramétriques pour cette plateforme, vu que c’est open source et basé sur la contribution, mais je n’ai malheureusement pas les connaissances pour la partie « patterns as code » et si j’ai cassé tous les modèles de la plateforme avec un seul paramètre, c’est peut-être que leur logiciel a cette limite qui ne me permettrait pas de réaliser ce que j’ai en tête.
Et donc j’ai continué à explorer mes possibilités et je suis tombée sur Seamly2d, un logiciel FOSS (gratuit et open source) forké de Valentina, de dessin paramétrique destiné spécifiquement au modélisme de mode, qui prend en charge suffisamment de fonctions trigonométriques pour permettre de contraindre intégralement un modèle avec beaucoup de souplesse. Je me suis donc basée sur ce support pour élaborer un bloc de base – le patron duquel découlent tous les patrons – qu’idéalement je voudrais universel et à partir duquel on pourrait, justement, développer tous les patrons. Et comme je me suis dit que les femmes, en population diverse et hétéroclite, doivent être nombreuses à rencontrer des problèmes similaires ou du moins analogues au miens, j’ai récolté un max de mensurations de contributrices anonymes et je me suis mise au boulot.
J’ai dû mettre ce projet en pause, ironiquement, parce que je me suis enfin fait opérer des bras, desquels on a sorti plus de six kilos de tissu néoplasique et fibrosé, des nodules, un cauchemar, troqué contre deux cicatrices qui vont de l’aisselle au coude et que je trouve plutôt badass, et à l’instant où je peux enfin me resservir correctement de mes bras et amener ce projet à son terme, l’oedème a fini de se résorber et je peux de nouveau renter mes petits bras de poulet dans toutes les coquettes petites merdes de prêt-à-porter qui me faisaient tellement déprimer il y a encore quelques semaines.
Heureusement, ou malheureusement, ce projet reste pertinent puisqu’il peut potentiellement répondre à d’autres problématiques de corps non-standards, et présenter une alternative viable et bon marché à certains vêtements spécialisés – d’ailleurs le patron de juste après (le fameux patron secret, pour ceux qui ont suivi) a aussi une destination utilitaire et sera également gratuit.
J’ai terminé le patron avant-hier, il est en ligne sur mon shop ko-fi où je trouve important de le mettre à disposition gratuitement (votre contribution volontaire à mon travail est bien sûr bienvenue) et où vous pouvez le trouver en plusieurs saveurs : tailles normalisées du 34 au 60 pour ceux qui voilà hein voudraient juste un patron gratos pour se faire un fond de base et / ou se fabriquer un mannequin sans trop s’emmerder, sur mesure à la demande contre une petite contribution pour ceux qui n’ont pas envie de mettre les mains dans le cambouis, et les fichiers à utiliser directement dans Seamly pour les bricoleurs qui ont envie de le mettre à leur taille et d’itérer directement à partir de là. Le tout est sous licence CC-BY SA, ce qui signifie que si vous souhaitez vendre un vêtement produit à partir de ce matériel, vous y êtes autorisé, à condition de créditer mon travail.
Pour cette dernière option, on va filer dans un autre article dans la section tutos & templates où je ne vais pas vous donner un cours complet d’utilisation du logiciel, mais vous montrer vite fait comment importer vos mesures sur le patron et comment exporter le patron à vos mesures pour l’imprimer et l’assembler.
Ah oui, dernier détail : Je me suis attaquée en premier au patron pour les femmes parce que pour une fois ça fait pas de mal que les femmes passent en premier quelque part – et aussi accessoirement parce que j’en suis une – mais un patron homme est prévu, il arrivera tôt ou tard.
Désolée aux rares qui ont hérité d’un lien qui menait au néant intersidéral ou à des pages cassées : entre l’attente interminable de matériel, la courbe d’apprentissage plus raide que je ne l’aurais pensé, le découragement face à des erreurs impossibles à identifier qui m’a fait repousser l’opération de plusieurs semaines, un nombre beaucoup trop élevé de cartes MicroSD défectueuses et des réglages d’usine facétieux… C’est un peu plus d’un mois qu’il m’aura fallu pour monter enfin ce site qui aurait dû me demander une petite poignée de jours.
L’expérience aura été très enrichissante cependant : j’aurai découvert le boulot sur un « pi » et l’incertitude des OS ARM inégales, considérablement amélioré ma fluidité en bash et surpassé – je le crois – définitivement mon sentiment d’intimidation vis-à-vis du CLI.
Le site, tu l’auras compris, a migré dans sa « boîte à bonbons » (pour l’instant imprimée en PLA mais je pourrais bien devenir plus littérale), discret, implacable et économe, tu ne le soupçonnerais pas, accroché derrière mon écran. Peut-être le serveur sera-t-il à l’avenir remplacé par un successeur à peine plus gourmand et un poil plus performant, mais ça, c’est selon que celui-ci y suffira ou non.
Merci d’avoir attendu, merci d’être là pour me lire aujourd’hui… Et reste en ligne, c’est maintenant qu’on commence les choses sérieuses.
Ça commence à faire longtemps, depuis le dernier article. Deux mois et demi. Ça devenait difficile de taper au clavier sans avoir de douleurs et là, à une semaine et demie post-op’, la récupération semble carrément prometteuse. Plus de fourmis et la motricité fine restaurée. J’ai même pu désobéir un peu et sortir une volée de notes de ma contrebasse, heureuse comme une ado en train de faire le mur – même si la punition est un poil plus immédiate. C’est qu’il faut déployer des trésors de patience, et j’en retire l’impression d’être démissionnaire.
Deux mois et demi – enfin, un peu plus, ça m’a pris courant janvier – c’est aussi apparemment le temps qu’il me faut pour devenir complètement obsédée par un sujet. Cette histoire de mains m’a poussée à m’intéresser à l’ergonomie de mon poste de travail pour soulager les douleurs et préserver mon capital articulaire. J’ai donc cherché du côté des claviers ergonomiques et – horreur – c’est mon capital monétaire que les solutions « clés en main » de ce secteur ne préservent pas. Et puis – peut-être que tu en as déjà entendu parler – ce n’est pas que mes poignets qui ont des problèmes, il y a quelques temps je me suis aussi abimé l’épaule, un dommage irréversible au supra-épineux qu’il va falloir gérer tel quel, et c’est justement le bras avec lequel je fais des mouvements qui dépassent l’amplitude de l’articulation pour naviguer avec la souris à droite du clavier et force beaucoup trop l’articulation pour taper sur un clavier centré devant moi, deux mouvements absolument pas naturels qui, associés au fait que ces périphériques sont à plat sur la table, contraignant la main, le poignet et tout l’avant-bras dans un mouvement de torsion musculo-squelettique constant, produisent la recette parfaite pour les blessures de stress. Donc intuitivement j’ai cherché un clavier dont l’écartement des touches permettrait un réalignement des épaules en position neutre – logiquement un clavier split. T’as déjà regardé l’offre grande distrib’ en terme de claviers split? C’est à pleurer. J’en ai trouvé un, qui n’avait d’ergo que le nom, avec une disposition qwerty, non programmable, et qui coûte les yeux de la tête. Donc, comme à peu près à chaque fois que je veux un machin et que j’ai pas les moyens, j’ai regardé ce que je pouvais faire pour le fabriquer moi-même.
Ironiquement, je suis une joueuse de salon. J’ai certes commencé à jouer sur un clavier mécanique, quand je jouais à Duke Nukem sur les genoux de mon pôpa (t’sais, quand c’était encore un platformer 2D à défilement horizontal) et qu’il n’y avait que ça, des claviers mécaniques. La question ne se posait pas. Puis j’ai assisté avec lui au développement des joysticks, des trackballs et enfin à l’avènement de la souris, puis à l’arrivée des consoles de salon et, incidemment, des pads. Tandis que lui plongeait tête baissée dans les point-n-clicks de Lucasarts, j’apprenais à speedrunner les Sonic avec ma manette programmable sur ma Genesis japonaise moddée (c’est tellement bien, les papas nerds). Je ne suis jamais revenue au clavier. Les jeux à clavier me font chier. Quand il faut s’occuper de mapper plus d’une petite dizaine de touches, mon cerveau passe en mode « go fuck », alors j’ai grandi et évolué complètement satisfaite de mon clavier à membrane décoré au miso tant que j’avais un pad avec une réponse correcte, et benoîtement ignorante du foisonnement de l’univers des claviers mécaniques. Jusqu’à ce canal carpien.
Je n’imaginais pas non plus qu’un sujet si anodin puisse aussi être à ce point clivant. Quand j’ai commencé à chercher des infos, j’ai rencontré un mur de réactions épidermiques, allant du coût élevé de ce loisir (« les mecs qui s’achètent des claviers à 1000 balles ») au ridicule d’investir autant dans de la personnalisation, en passant par « tu vas devoir te remapper le cerveau » (pfeh.), les problèmes de bruit, puis on m’a conseillé tout un tas d’alternatives « main stream » pour mon problème articulaire… Toutes ces solutions que j’avais déjà explorées et rejetées parce que ne répondant pas à ma demande et, comiquement, parce qu’excédant largement mes moyens – contrairement aux projections budgétaires des claviers « ergo » faits maison que je me suis amusée à faire pendant quelques semaines à mesure que j’en apprenais plus sur le sujet et mes possibilités.
C’est un peu comme avec les voitures, quelque part : il y a ceux qui sont prêts à y mettre des millions pour l’allure et la performance, ceux qui sont prêts à y mettre des milliers pour le plaisir de modifier et personnaliser, et ceux, comme moi, qui choppent une Dacia parce que c’est robuste, facile à entretenir et que sans électronique embarquée, les réparations seront moins chères et virtuellement possibles indéfiniment. C’est pas chez moi que tu vas trouver du rétro-éclairage ou un set de touches à 300 balles. Sans pour autant condamner ni les amateurs de produits expressément luxueux (parce que eh, il y en aura toujours) ni les passionnés qui voient dans la personnalisation (minute étymologie) un moyen d’exprimer et affirmer leur personnalité (parce que je les comprends, je fais ça avec mes instruments de musique), je ne me retrouve pas dans leur démarche et sais pouvoir me prémunir de tomber jamais dans ce genre d’extrémités. Avec un premier build à 80 balles avec toutes les options (et encore, avec un macropad à côté), les arguments monétaires sont caduques : c’est pas parce qu’un repas chez Girardet t’endette sur dix ans que manger coûte cher (bon, manger coûte cher, mais c’est un autre débat). En prime, j’avais vu juste : ce tout petit tweak de mon quotidien a éradiqué les douleurs du supra-épineux en un mois d’utilisation (ça fait juste un peu flipper sur ce que ça implique au sujet de mon utilisation du bloc souris-clavier).
Et le voici. Si tu te demandais, après avoir lu cet article, ce que pouvait bien être cette double PCB avec sa forme bizarre, eh bien c’était ça : un clavier « split », modèle Redox, conçu par Mattia Dal Ben, qui s’est inspiré du clavier (modifiable mais commercialisé et hors de portée de mon budget, pour le coup) Ergodox.
Vous pouvez observer le macropad mal assorti à gauche et un Arduino Uno dans son boitier à droite. Le petit chat qui se demande pourquoi je veux lui prendre sa chaise n’est pas inclus dans le lot.
Le Redox est loin d’être le seul ergo split DIY open source de la communauté. Je l’ai choisi parce que sa forme me paraissait adaptée à ma demande et que le nombre de touches me rassurait pour une première transition vers un clavier réduit (il n’y a pas le numpad ni les boutons de fonction. Les claviers mécaniques sont classés en %, du 100% qui a toutes les touches au 30% qui n’en a que 30, c’est encore toute une histoire… mais beaucoup de splits ergos ont très peu de touches. Si tu veux tripper cherche « manuform ») – mais mon anatomie est différente de la tienne et c’est pas forcément celui qui te conviendra le mieux. Si tu veux te lancer là-dedans, je te laisse faire ton propre voyage initiatique, il t’emmènera pas au même endroit que moi.
Pour ne pas se retrouver avec un clavier à dix mille millions de dollars, c’est en fait assez facile. Voilà ce que moi j’ai fait dans ce build :
j’ai acheté la PCB chez le revendeur désigné par le concepteur du clavier; de cette façon un pourcentage de la vente rémunère sa conception.
Elle m’a coûté 25 balles et c’est assez incompressible, mais… Tu peux aussi ne pas le faire. Tous ces claviers qui sont open source, il est possible (et c’est même assez facile) de les souder à la main avec du bon vieux fil. Si tu suis le lien du Redox plus haut, tu vas tomber sur Github et une explication super détaillée de comment monter ce clavier dans sa version PCB comme soudée à la main.
j’ai pris un pack de ‘switches’ pas cher
Avec le set de ‘keycaps’ (les touches), c’est ce qui fait très vite monter les prix sur un clavier mécanique. Il y a pourtant des marques (comme outemu ou gateron) qui sont tout à fait valables et coûtent de 2 à 20 fois moins cher que les « haut de gamme ». J’ai pris des Akko, j’en ai eu pour 20 balles – avec tous les interrupteurs suffisants pour le macropad à côté. J’ai pris des linéaires et si je devais le refaire je prendrais des tactiles – mais c’est aussi pour ça que c’est important de ne pas se faire un premier montage super onéreux : on sait pas trop ce qu’on aime ni de quoi on a besoin. Il faut expérimenter.
j’ai imprimé le boitier
Il y a des vendeurs qui proposent des PCB super complexes et des boitiers prêts à l’emploi en polycarbonate ou en acier brossé. Évidemment ça fait grimper les prix. La plupart des claviers open source que tu trouves sur Github ont un fichier d’impression 3D du boitier ou un fichier contenant la disposition des touches à partir duquel tu peux faire le boitier. Le Redox en a plusieurs, et j’ai modifié le mien pour qu’il soit adapté à une sortie USB-C (je vais pas poster ça sur thingiverse mais si t’en as besoin fais signe – Edit : en fait si je l’ai posté sur thingiverse. Ainsi qu’une version avec tenting intégré. Enfin, plusieurs versions avec plusieurs degrés de tenting). Si tu n’as pas d’imprimante 3D tu peux toujours aller à ton fablab le plus proche, et si tu sais pas faire tu peux demander, quelqu’un t’apprendra c’est à ça que ça sert. Sinon il y a des services de commande en ligne… Le coût? environ 140g de filament… donc, je sais pas, 6 balles?
j’ai pris un set de ‘keycaps’ assez générique et pas cher
Là-dedans aussi il y a des gens qui investissent parfois plusieurs centaines de francs, mais tu peux aussi trouver des sets complets à 10 balles. J’ai pris un set « ergo » à 23 balles et c’était pas une bonne idée. Le Redox, avec sa disposition un peu particulière, prend 6 touches de format 1.5U et 10 de 1.25U. Un set normal contient peut-être trois 1.5U et quatre 1.25U. Mon kit ergo était fait pour un Ergodox, qui certes ressemble au Redox mais avec des touches 1.5U à la place des 1.25U. Donc il me manquait 10 touches et j’en avais plein en trop.
Du coup, j’ai modélisé un petit générateur de touches et quelques touches « toutes prêtes » en diverses tailles standards pour les imprimer directement en 3D, et problème réglé. Elles sont là. En les ponçant un peu (d’abord avec du papier à poncer de grain 40 puis jusqu’au 120 c’est largement suffisant), elles sont honnêtement super agréables. Tu peux aussi les imprimer directement en résine et là, pas besoin de post-traitement.
Si c’était à refaire, je prendrais un kit standard que je complèterais avec mes touches imprimées en 3D. Toi, tu peux faire ça, ou si pour toi les légendes c’est juste pour faire joli, t’imprimer le kit complet en 3D (et éventuellement me payer un café, regarde j’ai fait un bouton pour le café! Je te le mets juste en-dessous), ou compléter avec des « modifiers » tout faits.
Si tu veux soutenir mon travail, tu peux me payer un café ici
Merci beaucoup!
Et enfin j’ai pris un contrôleur ATMEGA32U4 à 6 balles.
On en parle un peu plus bas.
Verdict
Clairement, ma plus grosse inquiétude était de ne pas réussir à me faire à la disposition ou de le trouver inconfortable et d’avoir fait tout ça pour rien. Pour me situer un peu, j’ai des années de frappe au clavier et à la machine à écrire (je les collectionnais, même, il y a comme un thème), une formation de dactylo et fatalement une vitesse de frappe « à l’aveugle » assez au-dessus de la moyenne. J’ai perdu mon 84WPM (français, préop’, avec tunnel carpien). Mais à un mois et demi d’utilisation de ce clavier, et une semaine et demie post-opératoire au moment où je tape ces mots, je fais un score de 59WPM sans regarder mes mains ou le clavier. La plupart de mes erreurs sont aux accents : leur position change quand même beaucoup par rapport à la disposition QWERTZ d’un clavier du commerce. Je pense que nous les francophones, et peut-être à plus forte raison les suisses, sommes super désavantagés quand il s’agit de s’adapter à ce genre de dispositions justement à cause de notre usage intensif des accents. La disposition de base du Redox quand on le met en fonction pour la première fois est assez ingérable pour nous. J’ai un peu modifié la mienne, c’est plus confortable et j’ai récupéré les brackets et le backslash, c’est un peu compliqué de coder sans ça. Si tu la veux fais signe, je partage volontiers.
Les touches qui demandent la plus longue réadaptation sont certainement celles du pouce, en particulier espace et entrée qui sont côte à côte. Mes interlocuteurs ont été des parangons de patience avec moi qui validais l’envoi de mes messages à chaque mot pendant une bonne quinzaine de jours. Des bisous. Je vous nem.
Au-delà de l’adaptation à la nouvelle disposition, le clavier est vraiment confortable et je sens une vraie amélioration au niveau des douleurs du poignet et de l’épaule. La disposition physique des touches est intuitive et fluide, la main ne fait quasiment aucun mouvement même en utilisant la totalité du clavier. Il y a une ou deux semaines d’adaptation musculaire : je ne sais pas si tu as remarqué mais contrairement à ton clavier standard, les touches du Redox ne sont pas décalées les unes par rapport aux autres. Ergonomiquement, c’est mieux. Ça permet d’éliminer la torsion des doigts au passage. Par contre c’est une vraie rééducation qui nous égare un peu et cause des courbatures. En particulier au niveau du C, si comme moi tu as fait de la dactylo. L’idéal serait presque de passer directement à une disposition bépo, mais personnellement je n’avais pas envie de complètement perdre mes réflexes vis à vis de la disposition classique.
Idéalement, il faudrait taper sur ce clavier incliné pour remettre le poignet en position neutre, comme les épaules. En anglais, on appelle ça « tenting », s’il y a un terme francophone je ne le connais pas. Je suis en train de modéliser un support avec un système de crémaillère, je ferai suivre dès que ça sera prêt.
Le point de l’ATMEGA32U4
Le dernier tout petit détail qui a fait définitivement pencher, que dis-je, renverser la balance en faveur du clavier DIY et au détriment du clavier du commerce, c’est son fonctionnement. Le Redox, comme la plupart des autres claviers open source, est basé sur le firmware QMK, et ce firmware (intégralement open source) tourne sur un petit Arduino. Ce que ça implique concrètement pour quelqu’un qui ne s’intéresse pas beaucoup à l’informatique et au tinkering, c’est la possibilité de charger directement dans le clavier (c’est-à-dire que ça va rester si on le branche sur un autre ordinateur) plusieurs dispositions différentes, notamment par exemple des raccourcis clavier. Ça peut être cool si tu utilises souvent le même programme et dedans, beaucoup les mêmes raccourcis. Plutôt que d’appuyer constamment sur ctrl+z, tu peux dire à ton clavier que cette fonction est déclenchée par seulement un long appui sur la touche « z ». La version « débutant » de QMK propose 15 dispositions différentes pour ton clavier (en comparaison les claviers mécaniques tout montés super chers de gamers proposent six touches programmables…), et tu peux passer de l’une à l’autre en appuyant sur une touche. Pour des trucs comme le graphisme, l’édition vidéo ou le mixage, je te laisse imaginer le bonheur. Pour le gaming ça doit être pas mal aussi, d’autant que chaque moitié de clavier peut fonctionner en standalone. Donc si tu veux trouver un de ces claviers à faire soi-même et qu’on peut régler comme on veut, le plus simple est d’inclure « QMK » dans ta recherche, ou de consulter directement la liste des claviers supportés sur leur site (bon courage, il y en a quelques uns).
Pour ceux qui bidouillent un peu en info : c’est un contrôleur de 70 touches arduino-based. Qui ne fait pas de ghosting. Et c’est là qu’est la faille de ma personnalité : il va falloir que je teste. Beaucoup. Fonctions et facteurs de forme. Et je ne parle pas de monter cinquante variantes de claviers avec des touches de couleurs différentes.
En résumé:
Si c’était à refaire? Ben, je ne changerais pas grand-chose, je mettrais plutôt des switches tactiles, et c’est ce que je vais faire pour le clavier du salon, en version bluetooth, te dire combien le setup me convient.
Si tu veux discuter matos et specs, si tu veux en monter un et me montrer comme il est beau, si tu veux t’en faire un mais que tu sais pas comment faire, ou si t’en veux un mais t’as vraiment trop la flemme et tu voudrais que je le fasse moi, viens, on en discute!
Du coup, je peux rajouter la compétence « fabriquer des claviers » à ma fiche de perso. et pour la mettre à profit, ces prochains temps, je devrais te parler de choses excentriques à base de switches, d’e-ink, de Plover et de boules de billard. Et je vais m’arrêter là pour aujourd’hui. Histoire d’être un peu raisonnable avec cette convalescence, quand même.